12 novembre 2010

D'OR et d' OUBLIS

Titre : « D’or et d’oublis »
Auteur : Anne Cuneo (Suisse romande)
Editeur : Bernard Campiche.
Genre : roman policier

Très intéressant roman policier. Outre le meurtre traditionnel, la détective, Marie Machiavelli, se fait embaucher comme avocate stagiaire dans un cabinet d’avocats pour découvrir les dessous des dossiers des biens juifs en déshérence.
A travers cette enquête, Anne Cuneo a le mérite et le courage de dévoiler, au regard de l’Histoire, les comportements malhonnêtes de banquiers et/ou d’avocats Suisses qui se sont enrichis en s’appropriant les biens des Juifs Européens déportés ou disparus. Beaucoup d’héritiers n’ont jamais pu récupérer leurs biens (dossiers détruits, gardés, cachés, spéculation, etc…) Certains ignoraient complètement qu’ils possédaient un héritage en attente.
C’est une partie de l’histoire suisse qu’Anne Cuneo dévoile et, par la même occasion, a rendu mal à l’aise bien de ses compatriotes. En effet elle montre que les autorités de l’époque avaient facilité le financement de l’Allemagne nazie.
Récit méthodique, bien documenté, action bien menée. Roman qui pique notre curiosité et nous incite à la réflexion. Style alerte.

Commentaires
Anne Cuneo reprend, à juste titre, dans ce roman une citation du « Père Goriot » de Balzac, qui illustre à merveille la cupidité des hommes : « A l’origine de toute fortune, il y a un crime qu’on ignore » (p. 217).
Mais ce que l’histoire suisse dévoile de peu glorieux s’est trouvé, hélas, sous d’autres formes, dans d’autres pays ; et en France même, il n’y a pas eu que des hommes et des femmes, courageux, honnêtes, scupuleux et bons patriotes et désintéressés.
Toutefois, ce livre prouve que la littérature peut faire bouger les mentalités et comportements puisque, après sa publication, l’association des banquiers suisses s’est excusée publiquement auprès des Juifs pour toutes les difficultés faites.
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Anne CUNEO a été présentée dans des messages précédents ( photo et biographie)

11 novembre 2010

Accueil de l'artiste marocain: Mahomed Mallal

Mohamed MALLAL, professeur d'Arts plastiques à Ouarzzazate (Maroc), a été invité à venir au Breuil, en Bourgogne, au moment de la Foire du livre (15,16 et 17 octobre 2010). Il a séjourné au Breuil du 14 au 22 octobre. Outre plusieurs rencontres avec des lycéens et un public adultes, ses toiles ont été exposées à la bibliothèque Municipale.



Md Mallal avec Anne Cuneo, ecrivain suisse



Enseignant, poète, compositeur, chanteur et peintre, Mohamed Mallal est un artiste marocain aux multiples talents. Ces aquarelles enchantent par leurs qualités et minutie et ses toiles colorées nous plongent résolument dans le sud marocain qui lui tient tant à coeur. S'il revendique haut et fort sa "amazighité", une des richesse culturelles et historiques du Maghreb qu'il serait une erreur d'occulter, il n'en demeure pas moins attaché à un Maroc ouvert, tolérant et moderne.


Rencontre avec des éléves du lycée Léon BLUM (Le Creusot)


A travers ses diverses interventions (lectures, entretiens), le public bourguignon a pu apprécier son talent, sa sensiblité, sa tolérance tranquille, sa culture, son sens de l'autre, sa générosité et son désir de voir ses concitoyens vivre mieux.


Voici quelques coupures de presse et photos en 2ème partie
Rencontre francophone avec un artiste marocain

L'équipe d'animation du centre communal d'action sociale (CCAS) organisait mardi une rencontre avec Mohamed Mallal. Le poète, chanteur, musicien et artiste plasticien marocain, qui a été l'un des invités du salon du livre du Breuil, était accompagné par Claude Thomas, président du Centre Francophonie de Bourgogne.
Ils furent accueillis à la Maison des familles par un petit parterre d'auditeurs, très intéressés par le parcours de cet artiste polyvalent qui a passé toute son enfance dans un village du sud marocain, en contact avec la nature. Ce lieu et cette période ont inspiré ses poésies, sa musique et ses peintures qui traduisent la volonté de perpétuer les valeurs traditionnelles de la civilisation berbère et de défendre la langue de ce peuple.
A. R. (CLP)
Publié le 22/10/2010

Le BREUIL : Mohamed Mallal expose à la bibliothèque
Quelques peintures et aquarelles de l’artiste Mohamed Mallal sont exposées à la bibliothèque municipale jusqu’à samedi.

Présent à la foire du livre, Mohamed Mallal, professeur d’arts plastiques à Ouarzzazat au Maroc, prolonge son séjour au Breuil. En effet, il a répondu favorablement à la bibliothèque municipale et a accepté d’exposer quelques unes de ses toiles et aquarelles. « C’est un plaisir », a-t-il d’ailleurs dit lors de l’inauguration ce lundi en fin de journée, lui qui aime les expositions pour avant tout faire partager au plus grand nombre les origines et la culture berbères. Pour lui, les rendez-vous comme celui qui se tient jusqu’à samedi après-midi est l’occasion de véhiculer une certaine paix, une certaine fraternité, au travers d’une découverte des œuvres exposées. Et également grâce aux recueils de poèmes ou bien à un film d’une dizaine de minutes, regardé par les invités au vernissage, dans lequel Mohamed Mallal parle de son village et de sa culture. Comme il l'a fait sans doute ce mardi matin devant des lycéens de Léon Blum et le fera jeudi soir devant des adultes à Saint-Rémy. Avant de repartir au Maghreb. Selon Claude Thomas, à l’initiative de l’opération par le biais du Centre Francophonie de Bourgogne dont il est président, l’exposition permet en quelque sorte de « proposer un regard nouveau » aux habitués ou autres de la bibliothèque locale. Ils ont une semaine pour en profiter. Creusot-infos.com

Exposition Mohamed Mallal

Exposition. Le hall de la bibliothèque municipale centre François-Mitterrand abrite durant une semaine les toiles du peintre Mohamed Mallal. Cet artiste professeur d'arts plastiques à Ouarzazate au Maroc, est également poète, chanteur, compositeur, musicien. Ses huiles et aquarelles, aux couleurs chaleureuses représentant des paysages, personnages, natures mortes, scènes de vie… sont une véritable invite au voyage. À découvrir aux heures d'ouverture de la bibliothèque jusqu'au 23 octobre. Photo M.-C. C. (CLP)
Publié le 21/10/2010· o

10 novembre 2010

ACCUEILS D'ECRIVAINS FRANCOPHONES (suite)

Gary VICTOR (Haïti), écrivain.

Terminant une tournée culturelle en France pour présenter son dernier roman" Le sang et la mer" (Editions vents d'ailleurs-France), Gary Victor est venu à la Foire du livre du Breuil.


Le vendredi 15 octobre 2010, il a rencontré des élèves du lycée Léon Blum (Le Creusot 71) . Et le dimanche 17, il a participé au débat intitulé "Au coeur d'Haïti", débat animé par Gérard Renard, sécrétaire général de l'Association"Enfants d'Haïti".




Voici une présentation de cet écrivain haïtien très sympathique. Ici en compagnie de l'artiste marocain amazigh Mohamed Mallal



Né à Port-au-Prince, Gary Victor est plébiscité par les lecteurs en Haïti. Après des études d’agronomie, il exerce le métier de journaliste durant de nombreuses années et a occupé des postes importants dans la fonction publique haïtienne. Fils de René Victor, qui est peut-être le sociologue le plus important de son pays, l’écrivain en a hérité un regard lucide et sans complaisance sur sa société. Ses créations explorent sans complaisance aucune le mal-être ­haïtien pour tenter de trouver le moyen de sortir du cycle de la misère et de la violence.Son roman, À l’angle des rues parallèles, a obtenu le prix de fiction du livre insulaire à Ouessant 2003. Il a fait également l’objet d’une adaptation au théâtre.
Outre son travail d’écriture, Gary Victor est scénariste pour la radio, le cinéma et la télévision. Esprit rebelle, indépendant, ses réflexions sur la société haïtienne font quotidiennement des vagues sur les ondes d’une station de radio de Port-au-Prince, et son feuilleton télévisé sur les mœurs de la petite bourgeoisie haïtienne a été adapté au cinéma.
Il s’est vu décerner le prix RFO 2004 pour son titre "Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin" et en 2008 le prix Caraïbes pour "Les cloches de La Brésilienne".
Son dernier roman « Le sang et la mer » pose la question suivante : Peut-on espérer un prince charmant à Haïti ?

ACCUEILS D'ECRIVAINS FRANCOPHONES (suite)

Les 15,16 et 17 octobre 2010, à l'occasion de la 12ème FOIRE du Livre du Breuil (71), ville de résidence du Centre Francophonie de Bourgogne, le Centre, en collaboration avec l' Office Municipal de la culture de la ville, a accueilli plusieurs écrivains de la Francophonie qui ont, pour la plupart, rencontré au cours du salon de nombreux lycéens, collégiens ou primaires.

Voici une présentation de ces personnalités:

Anne CUNEO, l'un des écrivains la plus représentative de la Suisse Romande qui a bien voulu répondre à nos questions.

1) Votre saga « Zaïda » est un grand et beau roman. Pourquoi ce titre?
Le titre est choisi en mémoire d'une tante de mon père, Zaida Cuneo. Elle était beaucoup plus âgée que son frère, mon grand-père, et aurait en fait pu être la grand-tante de mon père lui-même. Je l'ai connue lorsque j'étais petite fille, et, dans une enfance sans grande affection, sa chaleur, sa drôlerie, sa manière de savoir se mettre à mon niveau d'enfant sans jamais faire preuve de la condescendance dont les autres adultes m'accablaient (ce qui me faisait les mépriser – oui, j'étais précoce) ont beaucoup compté pour moi. Je m'étais toujours promise de donner son prénom à un personnage, et puis cela s'est imposé lorsque j'ai voulu écrire l'histoire d'une jeune fille du XIXe siècle. Ma grand-tante Zaïda est morte âgée de 105 ou 106 ans, et est restée lucide et drôle jusqu'au bout. Elle s'est tout simplement éteinte un jour (comme la Zaïda du roman). A part cela, le destin de l'héroïne et celui de la femme réelle ont été différents, et n'ont en commun que l'époque où toutes deux ont vécu.

2) Pourquoi avoir choisi une femme de caractère et de sentiments pour nous faire parcourir le XXème siècle?

Je n'ai pas vraiment choisi ce personnage, c'est elle qui m'a choisie. J'avais lu pour des raisons professionnelles un certain nombre de romans d'amour qui se passaient au XIXe siècle (pour en faire une analyse), et je me suis soudain demandé si je serais capable d'écrire un roman si proche de nous dans le temps. J'ai commencé, et le reste a suivi tout seul. Je me suis ensuite inspirée de journaux intimes, de biographies et d'autobiographies du temps, je me suis documentée comme je le fais pour tout roman historique. Les femmes qui ont parcouru le siècle 1860-1960 ont vécu deux ou trois guerres européennes, et leur caractère a été trempé par les grands malheurs qu'elles ont subis, Zaïda ne pouvait être qu'une femme de caractère. J'ai ainsi découvert, pendant mes recherches, beaucoup de ces héroïnes silencieuses, que l'Histoire ignore généralement.

3) Vous êtes un auteur aux multiples facettes (romans, scénarii, radio, TV, etc… ), vous écrivez des romans policiers, avez-vous choisi ce genre pour vous permettre de montrer les divers aspects de la Suisse à travers le regard de l’enquêteuse Marie Machiavelli?

Marie Machiavelli, au départ, était l'antidote de mon travail de journaliste. En tant que journaliste d'actualité de la Télévision de service public je me devais d'être aussi objective que possible, et je n'avais pas à donner mon opinion, il fallait que je fournisse aux gens de quoi se faire la leur. Marie a été le canal par lequel j'ai exprimé mes sentiments face à la politique et aux réalités sociales de ce pays, que je montre évidemment, et sur lesquelles je peux, ici, jeter un regard franchement subjectif.
Présentation D'Anne CUNEO
Anne Cunéo est née à Paris en 1936 de parents émigrés italiens. Après la guerre, elle revient avec sa famille à Milan. Au décès de son père, elle passe une partie de sa jeunesse dans des internats religieux en Italie ou en Suisse. Elle fugue en Angleterre, y apprend l’anglais et revient poursuivre ses études à Lausanne où elle obtient une licence en lettres.Touche à tout, elle exercera de multiples métiers : serveuse, monitrice, téléphoniste, secrétaire, traductrice, enseignante, journaliste, scénariste et réalisatrice de cinéma !Ensuite, elle se lance dans l’écriture qu’elle ne quittera plus avec le succès que l’on sait. Elle aborde tous les sujets, et bien des genres, comme le roman policier, participe à des expériences cinématographiques, radiophoniques, théâtrales, passe à la mise en scène et à la réalisation.Cette auteure débordante d’énergie reste cependant à l’écoute du temps, se sent proche des gens malmenés par la vie et ce n’est pas un mystère si la sincérité de son écriture attire de nombreux lecteurs. Un grand écrivain.

Moussa Konté, un des écrivains majeurs de l'Afrique contemporaine

Trois classes du lycée Léon Blum (Le Creusot) ont rencontré Moussa Konaté dans le cadre du café littéraire.

Pour cette année scolaire 2010/2011, le lycée Léon Blum a décidé de reconduire le projet du café littéraire. Mis en place pour la troisième fois, son objectif premier est de donner envie de lire aux lycéens, de faire en sorte qu’ils prennent plaisir à ouvrir des livres pour s’enrichir par leurs lectures.
Pour les élèves concernés par le projet, les 2Bac Pro Elec, les 1CAP Coiffure et les 2Bac Pro Esthétique, plus de 130 livres ont ainsi été sélectionnés. Le principe étant que chaque lycéen, aidé par ses enseignants et les deux documentalistes, Séverine Dardalhon et Nathalie Monin, choisisse un ouvrage par trimestre et de faire un petit bilan à la fin de chaque lecture en répondant à un questionnaire.Mais l’intérêt du café littéraire, comme le nom l’indique d’ailleurs, c’est aussi de mettre en place des rencontres, d’organiser des échanges autour de la lecture. Vendredi après-midi, en partenariat avec le Centre Francophonie de Bourgogne, la venue de Moussa Konaté fut le premier grand moment du projet. Au CDI du site Lavoisier, les élèves, accompagnés de leurs professeurs, Nathalie Cicchetti pour les 2BP Elec, Catherine Bollery pour les CAP Coiffure et Florence Perceval pour les 2BP Esthétique, ont parlé avec l’écrivain malien. Deux heures environ durant lesquelles l'auteur s'est livré aux questions des lycéens.D’où vous vient votre aspiration ? Combien de temps avez-vous vécu au Mali ? Quel regard portez-vous sur l’Afrique d’aujourd’hui ?… Voilà quelques questions que les jeunes ont posé à l’écrivain. Interrogations qui ont donné lieu à des discussions intéressantes, car allant au-delà des simples clichés, sur l’Afrique Noire. Cela avant de finir autour du verre de l’amitié. L’Afrique Subsaharienne, Moussa Konaté en parlera aussi ce samedi après-midi à la foire du livre au Breuil. Il animera, à partir de 16h30, un débat sur le sujet « L’Afrique Noire est-elle maudite ? », intitulé d’un de ses ouvrages.

Quand Moussa Konaté parle de l’Afrique Noire Conférence-débat à la Foire du livre du Breuil (71) Le Dimanche 17 octobre 2010
« L’Afrique Noire est-elle maudite », ce fut le débat auquel s’est prêté l’écrivain malien Moussa Konaté à l'occasion de la première journée de la foire du livre.

Dans une foire du livre, il y a l’aspect foire en lui-même avec des stands installés un peu partout, mais il y a aussi l’aspect rencontres.Ainsi, samedi après-midi, après conférence sur le bassin creusotin donnée par Louis Lagrost, archéologue et historien bien connu localement, c’est l’auteur et éditeur malien Moussa Konaté qui a pris part à un débat sur l’Afrique Noire.
Considéré comme une référence en tant qu’écrivain africain, il a répondu aux questions de Mary Montagne, enseignante en économie et gestion au lycée Le Castel à Dijon, et a livré une réflexion de fond, peut-être un peu succincte au vu de l’importance du sujet sur lequel on pourrait parler pendant plusieurs heures mais en tout cas très juste, sur la situation de l’Afrique subsaharienne, Pour lui, il apparait évident que les difficultés du passé ont laissé des traces, la colonisation ayant par exemple fait perdurer « une solidarité entre riches » qui s’observe encore aujourd’hui, mais il croit aussi que cette vaste région du continent africain a les moyens de poursuivre son développement. Et, d’après lui, cela passe par les africains eux-mêmes qui doivent se détacher d’un modèle de société encore trop dominant actuellement, où le poids, l'autorité de la communauté écrase l’individu et donc empêche toute émancipation.Voilà pour résumer le constat auquel arrive l’auteur malien dans son ouvrage « L’Afrique Noire est-elle maudite ? ». A cette question, il répond donc non.

Présentation de Moussa KONATE
Mali Bourses du Centre national du Livre - 1990 et 1999

De tous les écrivains (contemporains) maliens, Moussa Konaté semble être le seul à vouloir vivre de sa plume. En effet, pour mieux se consacrer à l’écriture, Moussa Konaté, alors professeur de français au lycée, n’hésite pas à abandonner la fonction publique malienne sans réclamer aucun droit, après plusieurs années de travail.Cette décision fut, à l’époque, considérée comme de la pure folie, car personne ne croyait qu’il soit possible de vivre comme écrivain au Mali.

Moussa Konaté a d’abord été servi par une extraordinaire volonté de réussir, ce qui lui permit de surmonter bien des difficultés. C’est ensuite son amour pour la littérature qui fit le reste.Déjà en 1970, alors qu’il passait le baccalauréat, ses premiers textes étaient en chantier. Lorsqu’il publie son premier roman Le Prix de l’âme en 1981, sa maîtrise de la langue de Voltaire ne fait aucun doute. Loin de se douter du sort qui sera réservé à ce texte, il continue d’écrire. Si bien qu’au bout d’une décennie, il ne comptait pas moins d’une dizaine de titres. Aussi quand Massa Makan Diabaté meurt en 1988, Moussa Konaté est-il propulsé au-devant de l’actualité littéraire malienne comme le meilleur représentant de la littérature de son pays.
En 1997, Moussa Konaté crée les éditions Le Figuier, devenant ainsi le premier écrivain éditeur du Mali. Sans renoncer à son amour pour la littérature francophone, il travaille à la diffusion du savoir au sein du monde rural à travers des publications en langues nationales du Mali. Il réside aujourd’hui en Limousin où il a créé début 2006 la Maison d'édition "Hivernage". Il est également co-directeur du festival Etonnants voyageurs de Bamako au Mali.
Moussa Konaté a reçu le Prix Sony Labou Tansi des lycéens 2005 pour sa pièce Un appel de Nuit (Editions Lansman).
Son dernier livre : L’Afrique est-elle maudite ? est un modèle de sagesse et de reflexion.

9 novembre 2010

Accueils d'écrivains francophones

Les 15,16 et 17 octobre 2010, à l'occasion de la 12ème FOIRE du Livre du Breuil (71), ville de résidence du Centre Francophonie de Bourgogne, le Centre, en collaboration avec l' Office Municipal de la culture de la ville, a accueilli plusieurs écrivains de la Francophonie qui ont, pour la plupart, rencontré au cours du salon de nombreux lycéens, collégiens ou primaires.

Voici une présentation de ces personnalités:

Questions à
Somanos SAR (Cambodge), écrivain .

1) Vous avez vécu, enfant, le génocide khmère. Pourquoi avoir publié « Apocalypse Kmère », un livre d’une grande vérité ?
Pour ne pas oublier ?
Pour vous délivrer d’une réalité trop lourde ?

J’ai souvent remarqué que la mémoire traumatique a une tendance naturelle à se transformer en mémoire traumatisante, laquelle se transmet de génération en génération. A la fin, on souffre sans vraiment savoir ni comprendre pourquoi on est dans ce cycle interminable de tourments, sinon parce que ses parents, ses grands-parents ou encore ses arrière-grands-parents ont souffert. En fait, dans de tels cas, la mémoire devient un lourd fardeau, une malédiction, au lieu d’être une richesse.

Lorsque mes enfants sont nées, ce constat m’a fait rapidement prendre conscience que transmettre la mémoire, telle quelle, comportait des risques certains. Car évidemment la mémoire du survivant que je suis contenait du poison, celui de la souffrance et de la haine. Et pourtant, l’importance de la mémoire n’est plus à démontrer. Il est indispensable de la transmettre, sous peine de transmettre un vide incompréhensible, dangereux, encore plus difficile à porter pour les générations à venir.

Le principal objectif d’Apocalypse khmère a donc été de communiquer une mémoire lavée du poison associé. Cela consiste à dire que la mémoire est avant tout une richesse, et non pas un devoir, à dire que les souffrances endurées sont miennes, et qu’elles s’arrêtent là, sur ces pages ; que mes enfants qui les liront n’ont pas à en porter le fardeau par procuration ; que ce passé appartient an tant qu’héritage immatériel de leur lignée.

L’ouvrage a donc été avant tout un support, un début, essentiel de réflexions sur le sens que je peux donner à ma vie, mais aussi à l’Histoire des hommes, dans son ensemble.

Pour aller plus loin, consulter mon texte, le capital humain, écrit pour un colloque à Phnom Penh, en 2008 : http://somanos.fr/spip.php?article12omanos.fr/spip.php?article12.


2) Dans un second roman, « L’ombre d’un doute », émouvant aussi, votre sœur une des victimes parmi les 3 millions, y figure en filigrane. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Tout d’abord, je suis heureux que certains lecteurs aient su la trouver en filigrane, en effet. D’autres sont passés complètement à travers, à mon grand regret, hélas !

L’ombre d’un doute commence par la dédicace, se poursuit avec l’avant-propos, pour se terminer dans ne cœur de celui qui portera jusqu’à la fin de sa vie le devoir de vivre. Vivre parce que justement cette sœur exceptionnelle l’a voulu, parce qu’elle s’est sacrifiée pour que son frère ait une chance de survivre. Il s’agit là d’un don de soi à l’extrême, que peu sont capables d’envisager.

J’aurai pu choisir un style plus direct pour parler d’elle, de ce qu’elle a fait. Mais de témoignage narratif, j’en ai déjà fait, à travers Apocalypse khmère. De plus, ce style n’était pas suffisant pour exprimer toute la force que je voulais donner à la mémoire de ma sœur, à travers le personnage de Stéphanie. Je voulais la faire revivre, autrement, dans un autre contexte, une autre vie, un autre pays, une autre culture, mais confrontée aux mêmes caprices du destin.

De manière plus profonde, cet ouvrage se situe dans un cheminement logique du premier, quoique peu évident, dans la mesure où il pose la question sur l’importance que chacun donne à sa vie. Qu’est-ce qui est le plus sacré ? La vie en soi, le fait de rester en vie, ou le sens que l’on veut y donner ?

Pour aller plus loin : « un autre sens du pardon », un article écrit pour un journal en ligne au Cambodge, aujourd’hui disparu, Ka-Set.info. http://somanos.fr/IMG/pdf/ka-set_-_Un_autre_sens_du_pardon.pdf

3 « Thmeng Chey », est l’histoire d’un bon petit diable cambodgien, le génocide a-t-il aussi menacé le patrimoine culturel, pour réécrire cette histoire ?

Avant toute chose, je voudrais revenir sur le terme « génocide » ; les principaux responsables Khmers rouges sont actuellement jugés ou vont être jugés pour trois chefs d’accusation :
- Crimes de guerre
- Crimes contre l’Humanité
- Génocide

Tout ceci pour souligner que le génocide n’est qu’une composante des crimes commis. Certains, qui, des années durant, ont soutenu haut et fort les Khmers rouges, auraient bien aimés se cacher derrière la seule qualification de génocide. Ce serait tellement pratique ! Mais la vérité est que le plus grand crime perpétré l’a été au nom de l’idéologie. Les Khmers rouges ont procédé à l’élimination systématique des groupes entiers de population, non par parce qu’ils étaient de telle ou telle ethnie, 95% des Cambodgiens étaient des Khmers, mais parce qu’ils appartenaient surtout à des classes sociales considérées comme nuisibles : professeurs, fonctionnaires, étudiants, militaires, marchands, etc.

En fait, les Khmers rouges ne toléraient que trois classes : paysans, ouvriers et soldats, tous devant travailler jours et nuit sans répit ni relâche. En fin de compte, ce n’était plus une société humaine, mais celle des fourmis. Alors, on comprend aisément que la culture n’avait pas sa place, comme toutes les autres composantes de la vie d’ailleurs. Travailler et obéir au Parti (Angkar) ou mourir.

Le résultat est qu’au bout de quatre ans de ce régime communiste à l’extrême, le Cambodge s’est retrouvé avec un incroyable bond en arrière. Tout l’héritage culturel khmer était au bord de l’extinction totale. La littérature a énormément perdu, puisque la plupart des livres ont été détruits ou brûlés.

Même certaines traditions orales, comme Thmeng Chey, se meurent. Les destructions laissées par Khmers rouges ont imposé chez les survivants d’abord la nécessité de survie immédiate, ensuite des pertes de repères, dues à la rupture de la chaine de transmission du capital humain.

Au-delà d’une volonté de préserver l’oral grâce à l’écrit, il y a aussi le désir de partager l’histoire de cet enfant espiègle avec un public plus large que les Cambodgien eux-mêmes. Le monde ne vaut que s’il est partagé. Et Thmeng Chey est une forme de ce partage.

Portrait d’écrivain Somanos SAR

Somanos Sar est né à Phnom Penh en 1965. Il a dix ans lorsque les Khmers
rouges marchent triomphalement sur Phnom Penh. Sa famille, par le simple fait
d’être citadine, sera considérée par le nouveau régime comme idéologiquement
irrécupérable, à l’instar des millions de Cambodgiens qui ont fait partie du monde
libre avant la chute de la République khmère, le 17 avril 1975. En moins de quatre
ans, guidé par le dogme extrême du communisme et totalement coupé du monde,
le Kampuchéa démocratique va décimer un quart de la population cambodgienne,
à coup de purges, d’exécutions sommaires, de collectivisation forcenée, de
travaux forcés.
L’utopie communiste arrachera la vie à son père, trois soeurs et un frère, soit plus
de la moitié de sa famille. En 1982, Somanos Sar finit par retrouver la trace de sa
mère, coincée en Europe pendant les tourments. Celle-ci, naturalisée française,
parvient à le faire venir à Paris, à l’âge de 17 ans. A son arrivée, il ne parlait pas
un mot de français, mais déjà, le besoin de « déposer » l’histoire de cette tragédie
est latent.
Après avoir obtenu un DESS de microélectronique à l’Université de Paris-Sud-
Orsay en 1992, Somanos SAR aujourd’hui est ingénieur, entrepreneur et
également écrivain. Au-delà de son profil transversal, à l’image de ses passions
qui sont l’aviation, l’écriture et la course à pied, la notion du capital humain est le
socle commun de ses réflexions et actions. Ainsi, sur son blog, http://somanos.fr,
Somanos SAR a écrit que la mémoire ne s’échappe pas, mais se désole de
constater un certain fatalisme la croyance que « l’histoire est un éternel
recommencement ». Cela signifie que les erreurs commises n’ont pas su servir de
leçon. Il faut donc, selon lui, s’attacher à y puiser force et richesse pour ne pas
transmettre la haine et la souffrance.
Cette démarche peut s’accompagner d’un sens particulier du pardon qui est un pas vers la réconciliation, sur des bases comprises et acceptées tous. Car
fondamentalement, les humains aspirent à faire le bien. Malheureusement cette
conviction, que chacun veut ardemment défendre, sert trop souvent à la
justification de tout, y compris à tuer. C’est donc pour mettre en lumière cette
contradiction que Somanos SAR croit profondément en la vie. Pour lui, le
bonheur est un devoir, la mémoire est une richesse. Choisir le chemin du bonheur,
c’est prendre la victoire pour soi, la prendre aux Khmers rouges, définitivement.
Et c’est ce point de vue que l’on retrouve dans son deuxième livre, l’ombre d’un
doute, récompensé par le prix littéraire Phnom Penh Accueil 2008, une fiction qui
tente de sonder le coeur de ceux qui ont à survivre aux êtres irremplaçables.
Son roman est la victoire de la vie sur la mort, quel qu’en soit le prix. Mais la vie
avec un grand V, car le devoir de vivre ne se fait qu’en son âme et conscience.
C’est un roman gai, où le mot « douleur » surgit à chaque tournant. C’est un
roman tendre, mais sans concession.
Comme au Cambodge des khmers rouges, les héros de cette histoire surgissent
puis disparaissent. Mais aussi longtemps qu’il reste une personne pour souffrir de
leur absence, le petit monde de ses personnages évolue entre morts et vivants, tant les morts de cette histoire conditionnent les actes des vivants.
Mais écrire, c’est avant tout partager, offrir au lecteur l’espace intérieur de
l’auteur, son vécu, ses expériences.
Corine JAMAR


Corine JAMAR (Bruxelles), auteure et scénariste BD, a bien voulu répondre à nos questions avant de rencontrer de nompbreux jeunes dont quelques jeunes handicapés .


1) Vous avez écrit des albums pour la jeunesse (6 à ce jour), la plupart épuisés dont le célèbre « Mémoire d’éléphants » (ed. Pépin). Pouvez-vous nous dire comment vous travaillez vos livres ?

Corine Jamar : Cela dépend. Le tout premier, il s'agissait (La princesse cachée) d'une commande. L'éditeur (Casterman) disposait des illustrations et il m'a demandé d'inventer une histoire par rapport à elles. Il l'avait demandé à un auteur confirmé avant moi qui, d'après lui, ne s'en était pas sorti. Comme j'avais travaillé une dizaine d'année comme créative dans la publicité et que j'étais donc habituée à certaines contraintes, cela ne m'a pas posé de problèmes et j'ai beaucoup aimé ce travail. Les autres ont été imaginés à partir d'une envie, d'une inspiration soudaine ou d'un souvenir. "La petite auto d'André" par exemple est inspirée d'une histoire vraie que mon père m'avait racontée. Sauf que j'ai transformé le souvenir, le récit édictant ses propres lois, et que mon père n'a que très moyennement apprécié ! "Mémoire d'éléphant" et "Aristide Lafrousse" partent d'une idée d'illustrateur à laquelle j'ai adhéré et que j'ai écrite pour eux, m'immisçant dans leur univers. J'aime quand une idée vient frapper à la porte de mon imaginaire mais j'aime aussi travailler sur la base d'une idée qui n'est pas la mienne. Il y a un côté "terra incognita" qui me plaît bien…

2) Votre dernier livre de Nouvelles « Emplacement réservé » aborde le thème du handicap. Pourquoi ce choix ?

Corine Jamar : "Emplacement réservé" n'est pas un livre de nouvelles. Il s'agit d'une énorme erreur de la part de l'éditeur (même si j'adore les nouvelles). Ce livre est une suite d'histoires courtes qui se suivent et qui met en scène une maman et sa fille handicapée. Le 12ème chapitre ne peut pas se lire indépendamment des autres: ce ne sont donc pas des nouvelles mais plutôt un roman par nouvelles. Le choix de ce thème a été évident pour moi. Ma fille aînée est handicapée. C'est donc une partie de ma vie avec elle que je raconte. J'ai choisi de le faire au travers cet emplacement réservé à la voiture pour ne pas l'aborder frontalement (et aussi parce que, comme raconté dans le livre, des voitures se garaient sur cet emplacement en s'en fichant complètement, ce qui m'a donné envie de transformer cette triste réalité en quelque chose de positif, un livre, tout en dénonçant l'indifférence l'égoïsme des gens). Ce n'est pas une autobiographie puisque beaucoup de situations sont inventées et que j'ai changé les métiers et les noms des personnages. L'humour très présent dans le livre a été pour moi une façon de désamorcer les choses, une manière de prendre le contrôle d'une situation dramatique (forcément) que le destin nous a imposé, à ma fille, à ses parents et, bien sûr, à la petite sœur qui est arrivée après ! Dans mon second livre "La reine de la fête", une enfant handicapée est présente même si le handicap n'est absolument pas le sujet. Elle entre en interaction avec le personnage principal et justifie certains de ses actes. Elle est la fille d'un personnage secondaire. Dans le 3ème que je suis en train de terminer, elle est aussi présente. Elle s'impose d'elle-même, au fur et à mesure de l'écriture, il n'y a aucune préméditation.

Animations Francophones



En juin 2010, le Centre Francophonie de Bourgogne a accueilli deux artistes francophones: Bibata ROAMBA( Burkina Faso) et Mohamed BAOUZZI (Maroc). Plus de 800 élèves et une centaine d'adultes ont pu ainsi découvrir les contes d'Afrique Noire et du Maghreb.



LE CREUSOT : Bibata Roamba en visite dans les écoles
Le Mercredi 23 juin 2010 @ 13:25:08

La conteuse originaire du Burkina Faso est venue à la rencontre des jeunes élèves de plusieurs établissements scolaires.

Tous les ans, le Centre Francophonie de Bourgogne est à l’initiative d’une action assez intéressante. En effet, s’inscrivant dans le cadre de l’une des facettes de la politique de la ville du Creusot consistant à faire découvrir les cultures étrangères et leurs richesses afin de favoriser le mieux « vivre ensemble », l’association culturelle francophone, avec le soutien bien sûr du Creusot mais aussi de Torcy et de la Communauté Creusot Montceau, fait venir des spécialistes de la littérature jeunesse, autrement dit des conteuses et conteurs allant dans les établissements scolaires pour faire partager leurs histoires aux plus jeunes.


Cette année encore, les écoliers ont pu profiter de rencontres enrichissantes. Ce début de semaine a par exemple vu Bibata Roamba se déplacer de la Paris pour captiver près de 400 gamins. A Victor Hugo, Raymond Rochette et Champ Cordet lundi, elle a conclu sa tournée ce mardi en s’arrêtant à La Pépinière puis à La Charmille, en racontant encore et toujours de petits récits imaginaires sur le Burkina Faso, son pays d’origine, en révélant les particularités de celui-ci.
Une tournée qu’avait effectuée Mohamed Baouzzi il y a deux semaines, ayant quant à lui mis l’accent sur les subtilités du Maroc, également devant pas loin de 400 élèves au total.Si cette initiative annuelle plait aux écoliers, notons pour finir qu’elle séduit aussi les équipes pédagogiques.


Directeur de La Chamille, Yves Desbrosses, a d’ailleurs tenu à remercier le Centre Francophonie de Bourgogne et son président Claude Thomas pour l’action entreprise et sans nul doute bénéfique à la jeunesse.

14 juin 2010

Zaïda

Titre : Zaïda
Auteure: Anne Cunéo.
Genre : roman
Editions Bernard Campiche (Suisse)

Voici sans contexte un livre fort qui brosse, avec maîtrise, l’histoire d’une partie de l’Europe au XXème siècle. En réalité, ce récit couvre la période de 1870 à la fin du 20ème siècle.
Anne Cunéo, un écrivain phare de la littérature suisse romande contemporaine, utilise un subterfuge adroit. On remet à une arrière petite-fille, Alice, un carnet de Zaïda, son arrière grand-mère adulée, morte plus que centenaire, et qui l’avait recueillie chez elle à l’âge de 4 ans. Ce récit sorte de saga, plus de 200 pages écrites tour à tour en quatre langues, raconte, en fait, le 20ème siècle.
Zaïda, « la chanceuse », est mi anglaise, mi italienne, d’une famille aristocrate aisée de Cornouaille. Sa mère, conservatrice rétrograde dans l’âme, lui espère un mariage de grande famille mais le hasard contrecarre ce dessein funeste. Zaïda, à 18 ans, rencontre, sous l’orage, un jeune aristocrate anticonformiste, Basil. Ils se marient en peu de temps. Rupture définitive avec la mère et soutien indéfectible du père, un pilier de la City.
Zaïda veut devenir médecin, une idée révolutionnaire pour une femme à l’époque. Séjour à Pontoise quelque temps, puis départ pour Zurich afin d’ étudier la médecine avec, dans les bagages, une gouvernante française qui restera à son service toute sa vie et élèvera ses enfants.
Ce mari aimant va mourir, 1er drame, et il y en aura bien d’autres. Désormais médecin, elle revient en Cornouaille aider le médecin local, y fait ses preuves, et par la même occasion y rencontre son 2ème mari, un médecin, qui, à son tour, disparaîtra assassiné,en Italie, en lui laissant deux enfants.
Mariée ensuite à un chirurgien italien, originaire de Trieste occupée par le Autrichiens, d’une famille de banquiers, le couple vivra longtemps à Milan et aura un garçon (le grand-père d’Alice).
Ce couple généreux au service des autres va vivre la montée des périls du XXème siècle (le fascisme italien et allemand, la 2ème guerre mondiale, les lois raciales nazies) et avec clarté et maîtrise, Anne Cunéo va nous décrire de l’intérieur, la vie des gens en Italie, en Suisse, succinctement en Angleterre et en France. Menacés par les Chemises brunes du fascisme italien, ils vont fuir à Zurich où ils aideront de nombreux réfugiés Juifs ou résistants. Un bombardement allemand sur l’Angleterre verra périr leurs deux enfants et leurs petits enfants venus s’y réfugier. Seul survivra le fils du couple parti étudier aux Etats-Unis.
La guerre terminée, retour à Milan. Le couple se reconvertit dans la médecine psychiatrique pour aider les gens à surmonter les séquelles de la guerre. Petits enfants et arrière-petits enfants se succèdent. Ce 3ème mari avec lequel Zaïda a vécu plus de trente ans, disparaît à son tour.
A la fin de sa vie, elle recueillera son arrière petite fille, Alice, que sa mère néglige. Au moment de quitter la demeure de Zaïda, Alice emportera comme seul souvenir, deux tableaux, en fait les portraits témoins du seul amour passion de sa bisaïeule.
Récit passionnant et livre soigné de l’éditeur suisse Bernard Campiche.

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Anne Cunéo est née à Paris en 1936 de parents émigrés italiens. Après la guerre, elle revient avec sa famille à Milan. Au décès de son père, elle passe une partie de sa jeunesse dans des internats religieux en Italie ou en Suisse. Elle fugue en Angleterre, y apprend l’anglais et revient poursuivre ses études à Lausanne où elle obtient une licence en lettres.
Touche à tout, elle exercera de multiples métiers : serveuse, monitrice, téléphoniste, secrétaire, traductrice, enseignante, journaliste, scénariste et réalisatrice de cinéma !
Ensuite, elle se lance dans l’écriture qu’elle ne quittera plus avec le succès que l’on sait. Elle aborde tous les sujets, et bien des genres, comme le roman policier, participe à des expériences cinématographiques, radiophoniques, théâtrales, passe à la mise en scène et à la réalisation.
Cette auteure débordante d’énergie reste cependant à l’écoute du temps, se sent proche des gens malmenés par la vie et ce n’est pas un mystère si la sincérité de son écriture attire de nombreux lecteurs. Un grand écrivain.

6 mai 2010

La maison de Cicine

Titre: « La maison de Cicine »
Auteur: Mohamed Nédali
Editeur: Le Fennec (Maroc)
Genre : roman

H’Cine ou Cicine est le prénom du jeune frère (7-8 ans) d’Idar, le jeune sculpteur, un des personnages porteurs du roman.
A l’évidence, Mohamed Nédali nous offre un livre d’une grande profondeur humaine avec ce 4ème roman.
La pauvreté, la malchance (Allah ou le mektoub) pour beaucoup, annoncent la misère et l’exode rural vers les villes. Ici Marrakech.
M’Barek, le père d’Idar et de H’Cine, tient un moulin à eau. Un jour, l’oued en cru emporte parents, maison, biens et berges et laisse deux orphelins.
L’attrait de la ville comme bouée de salut les fait atterrir à Dar Louriki, un immeuble marraki, transformé en plusieurs chambres pour rentabiliser l’affaire.
Idar sculpte et arrive tant bien que mal à subvenir à leurs besoins et le petit H’Cine rêve à la maison qu’ils auraient dû reconstruire si les autorités n’avaient pas interdit désormais toutes constructions sur les berges de l’oued.
Mais Cheikh Océan de Savoirs, invité par deux locataires, étudiants en théologie, débarque , chaque soir, dans l’immeuble et tout s’en trouve bouleversé. Roulant en Mercédès noire flambant neuve, un signe, ce Cheikh va progressivement amener à la pratique religieuse intégriste tous les locataires. Avec beaucoup d’argent (magasins offerts) et des discours truffés à tout propos de sourates, du nom d’Allah et de son prophète, les locataires modifient leur comportement. Les femmes se voilent, prière commune le soir dans la cour de l’immeuble suivie d’un sermon d’une ou deux heures. Du lavage de cerveau en fait.
Seuls deux locataires qui s’aiment, Leïla et Idar, restent réfractaires à cette vie intégriste, car ils ne veulent pas sacrifier leur amour comme on leur demande.
Ce cheikh n’est pas si pur qu’il veut bien le laisser paraître et pour cacher son crime à l’égard de Leïla, il incite les locataires manipulés à rendre la justice de Dieu contre les impies et les deux amants périront dans l’incendie volontaire de l’échoppe d’Idar. Comme un leitmotiv, le petit H’Cine rappellera sur la tombe de son frère qu’ils auraient dû reconstruire leur maison.
Roman fort, profondément humain.
Mohamed Nédali sait nous rendre sympathiques et attachants les petites gens. En opposition, nous semblent repoussants tous ceux qui possèdent une parcelle de pouvoir : les gendarmes, les juges, les moquaddems, les makhzens, les autorités en général. Même le chauffeur du bus. Leur arrogance, leur suffisance, leur morgue, leur richesse affichée, donnent à toute autorité comme une sorte d’illégitimité.
Bien détestables aussi ces religieux autoproclamés qui sous couvert de religion oppriment les petites gens, les manipulent et les exploitent.
Voici un vrai roman humaniste.
Le critique Salim Jay qualifie Mohamed Nédali de Zola marocain. Ce n’est pas un terme usurpé. En tout cas, la littérature marocaine contemporaine compte désormais un auteur de talent.

Citations : « Cheikh était un homme riche…Son apparence avait beau être simple et sobre, elle n’en dissimulait pas moins un certain nombre d’indices révélateurs d’une grande aisance matérielle : ses vastes gandouras noires en soie pure, ses babouches de daim finement travaillées, l’or massif de son gros anneau, le petit chapelet en ambre jaune toujours enroulé autour du poignet… » (p.149).

« Te voilà mort, toi aussi, dadda ! dit le petit H’cine, les yeux fixés sur la tombe de son frère. Mort comme papa et maman et lalla Zehra….Toi aussi, dadda, tu es mort ! Pourtant j’ai pas arrêté de te dire : retournons chez nous, dadda ! Retournons au douar, dadda ! Allons reconstruire
notre maison !... » (p. 265)


Mohamed Nedali enseigne le français au lycée de Tahannaoute.
« La maison de Cicine » fait suite à « Morceaux de choix », « Grâce à Jean de La Fontaine » et à « Le bonheur des moineaux ». Tous des romans.
Mohamed Nedali a obtenu le prix 2009 de la diversité en Espagne (Barcelone). (Voir sa biographie dans un article précédent de notre blog)

14 avril 2010

« Le silence des esprits » de Wilfried N’Sondé (Actes Sud)

Livre important pour notre époque, qui décrit de l’intérieur, la situation dramatiquement humaine de jeunes immigrés. Sans papiers, mots durs à porter et qui font de vous un clandestin.
Dès lors, pour Clovis, ce jeune sorti de la guerre civile congolaise et des exactions proches de la barbarie, commence un dangereux jeu du chat et de la souris dont l’issue sera sans appel : l’expulsion et son inévitable conséquence, la misère voire la mort.
Pourtant en échappant à un contrôle, le jeune congolais traqué, trouve dans un train de banlieue, en la personne d’une aide soignante, en mal de vivre aussi, le réconfort, l’écoute, la compréhension, la sympathie. Il en arrive même une fois en sécurité à se confier et du même coup à soulager sa conscience.
L’avenir s’annonce prometteur, mais la réalité le rattrape: un barrage de CRS, le lendemain matin, en allant acheter des croissants pour fêter un bonheur à portée de main.
L’amour jadis fusionnel avec sa sœur jumelle aujourd’hui introuvable, rajoute encore au drame de la clandestinité, la dureté de la déchirure fraternelle.
Avec ce nouveau livre, N’Sondé revisite à nouveau, après « Le cœur des enfants léopards », la situation des jeunes immigrés, confrontés au télescopage des cultures, au mal être quotidien et aux suspicions permanentes.
Comment peut-on se construire quand on est jeune dans ces conditions ?
Livre bien écrit, au style agréable, aux tournures originales. Chapitres courts, successions de petits paragraphes qui rendent aisée la lecture.

Citation « C’est bien Clovis, maintenant il faut couler dans le délice et l’oubli ».
« Mon envol d’un instant avait fini par se briser, anéanti au contact de l’acier et de la loi ! Je continue mon errance vers nulle part, parqué comme une bête, l’amertume au cœur et les rêves en lambeaux
».

Wilfried N’Sondé est né en 1969 au Congo Brazzaville. A 5 ans, il émigre en France, dans un quartier populaire de la Région parisienne. Il fait ses études : licence en Sorbonne et maîtrise de sciences politiques à Nanterre.
Un peu globe-trotter, après Londres, Rome, Vienne et Madrid, il atterrit à Berlin où il vit en ce moment.
Musicien et compositeur (style rock trash voire afro punk), il vit de sa musique et travaille aussi comme éducateur de jeunes en difficulté.
En 2007, il publie un 1er livre très remarqué « Le cœur des Enfants léopards » qui obtient coup sur coup, le prix RFO, le prix Senghor et le prix des cinq continents de l’O.I.F.
Puisant dans sa propre expérience comme beaucoup d’auteurs, en prise directe avec la réalité sociale en France, Wilfried N’Sondé, aborde l’exil, le déracinement, le métissage de la langue, le partage entre deux cultures.
Après ce 2ème roman de grande tenue, il faudra suivre ce nouvel auteur francophone de la littérature urbaine ou des banlieues. De beaux textes en perspective.

8 février 2010

Juillet au pays (Michèle RAKOTOSON)

Titre : Juillet au pays
Auteur :
Michèle RAKOTOSON
Editeur : Elytis (Bordeaux)
Genre : Chronique

Le livre que le Centre Francophonie de Bourgogne présente, ce mois-ci, est original à plus d’un titre. Original le papier utilisé, inédit le format (17x 24), bien choisies les reproductions de cartes postales anciennes et de timbres poste de l’époque, bienvenues les citations du poète Rabearivelo ou autres, preuve d’une réelle culture malgache. Ce n’est pas seulement une chronique, mais un livre souvenir, un livre histoire, un livre musée, un livre mémoire familiale.
Après 19 ans d’exil en France, Michèle Rakotoson qui avait dû fuir la dictature en 1983, revient à Madagascar, en juillet 2002.
Etant habituée à la vie parisienne, ayant phantasmé sur la Grande Ile, enjolivé le pays, rêvé d’un Eden de retrouvailles, à son arrivée, le choc est écrasant. Dès lors, d’Antananarivo, la capitale, à Ambohitantely, la ville de ses grands parents , sur les Hauts Plateaux, le spectacle des villes et villages, des rues, des bâtiments, des véhicules, des champs, l’écoute des confidences, les appels à l’aide, la réalité saute aux yeux, le pays qu’elle aime, s’enfonce dans la paupérisation. Et les termes utilisés sont sans équivoque : stigmates, victimes, bras ballants, sécheresse, pauvreté, misère, compassion, terres stériles, crasse, chaos…
Mais Michèle Rakotoson vient en écrivain et les écrivains sont les gens du temps. Et sans concession, elle désigne les responsables d’un tel délabrement : la colonisation française sanguinaire et prédatrice pendant un siècle (comment la patrie des Droits de l’Homme a-t-elle pu commettre les ignobles atrocités de 1947 ?), la main mise de la France après l’Indépendance, les dictatures, la corruption, les singeries de l’Occident, le déliquescence de l’Etat, la mondialisation et autre ultra libéralisme, les oukas suicidaires de la Banque mondiale et du FMI.

Son retour ne saurait se résumer à un simple retour au pays, c’est aussi un retour sur ses origines, son clan, sa famille, sa mémoire familiale. Comme pour le pays, la mémoire de sa famille gît en miettes dans l’humidité et les rats, au fond d’une remise. En bonne Mérina, elle laisse peu paraître ses émotions, mais la souffrance est là, brute, injuste, étouffante, comme un coup à l’estomac, qui transpire. Comment compatir à la douleur de ses ancêtres en lisant les carnets restants ? Comment un peuple peut-il se construire si rien n’est gardé de son histoire ? Camus disait que « la pauvreté n’a pas d’histoire » et Michèle Rakotoson le découvre et crie sa colère avec des mots, des mots mais avec quels mots dire la vérité ?
Chronique d’un retour est un grand livre comme une mélopée lancinante qui exprime, douleur et souffrance et aussi espoir, car l’auteur sait que les Malgaches sont courageux, déterminés, l’histoire l’a prouvé. Mais que de choses à changer !
Style, juste, concis, précis, ton intimiste comme dans un grand rêve éveillé. Chroniques d’un retour est le récit d’un grand écrivain comme Cahier d’un retour au pays natal.
Retour entre douceur et violence, maîtrise de soi et colère, suggestion et dénonciation, analyse lucide et découragement, entre humanité et espérance. Livre d’une grande profondeur et dignité.

Citation
« Pour survivre à l’Occident…à l’efficacité factice, je me suis raccrochée de toutes mes forces à ce coin de terre, que j’ai créé, recréé, adapté à tous mes états d’âme, refusant de m’enraciner ailleurs, des ailleurs qui auraient pu être chez moi,… ce lieu-ci ressemble étrangement au pays rêvé, mais il ne l’est pas. Quel lieu pour la mort et l’éternité ? »



Michèle Rakotoson est née à Tananarive en 1948. D’une famille cultivée (père journaliste, mère bibliothécaire), marquée par le protestantisme rigoureux, elle étudie au lycée Jules Ferry de Tananarive, obtient une licence de lettres malgaches.
Un temps professeur de lettres, elle doit s’exiler en 1983 pour raisons politiques. A Paris, elle passe un DEA de sociologie, puis devient journaliste à RFI et RFO. Et RFI lui confie le concours de nouvelles francophones.
Metteur en scène, auteure de pièces de théâtre, comme sa grand-mère paternelle, écrivain, militante du livre, Michèle Rakotoson est de tous les combats : contre les injustices racistes et sociales, contre les dégradations de la planète, contre l’autoritarisme politique, contre les atteintes aux Droits de l’Homme.
Son œuvre souvent centrée sur Madagascar évoque le sida, l’approche de la mort, les relations humaines. Son style plutôt intimiste revisite ce qu’il y a de plus profond chez l’être humain
Témoin infatigable, elle a sillonné le monde et marqué ses auditoires de ses interventions passionnées.
De retour au pays, elle se consacre désormais au renouveau de l’édition malgache.

21 janvier 2010

LA SEMAINE DE LA DIVERSITE

Rétrospective


Présidée par Claude Thomas, l’association Centre Francophonie de Bourgogne, a pour habitude d’organiser diverses manifestations où la rencontre, la création et le dialogue, sont très souvent les mots d’ordre.

L’événement qui se déroule jusqu’à vendredi à la salle du Morambeau du Breuil s’inscrit parfaitement dans cette logique.

La semaine de la diversité est un mélange de débats, de discussions entre professionnels et jeunes, de témoignages, d’animations, de repas à thèmes et de spectacles portant en fait sur la richesse de la diversité sous toutes ses formes. Puisque, qu’elle soit culturelle, humaine ou bien religieuse, celle-ci ne peut qu’être bénéfique.

Bénéfique pour les adultes comme pour les plus jeunes. Les jeunes étaient d’ailleurs au centre du thème abordé ce mercredi. Un thème qui a donc bien fait ressortir le côté primordial et bénéfique du phénomène de diversité.

Primordial tout d’abord puisque, les discussions ayant eu lieu hier tout au long de l’après-midi, ont soulevé l’idée que la diversité signifie certes la distinction entre plusieurs individus ou plusieurs groupes mais que cela impose également de respecter les différences de chacun, en ne portant absolument aucun jugement sur les convictions de l’individu, qu’elles soient ethniques, morales ou physiques.

Enrichissant ensuite parce que c’est de ce phénomène que découle une intégration durable et solidaire, aujourd’hui cruciale pour les jeunes se cherchant une place dans la société.(in Creusot-infos.com)
Mardi 24 novembre 2009 : La diversité culturelle
Claude Thomas, président du Centre francophonie de Bourgogne précise les objectifs de la semaine de la diversité :
Provoquer la rencontre, vaincre la peur, développer la tolérance, amorcer le dialogue pour mieux vivre ensemble, car l’objectif profond, notre valeur référence, c’est l’homme.


Monsieur Mohamed Larbi HAOUAT, vice-président de l’AFAL, rappelle la nécéssité pour la francophonie de faire valoir ses droits, à savoir utiliser le français dans les instances internationales. C’est aussi une manière de respecter les autres langues et la diversité culturelle.



L'historien Marcel Dorigny expose avec démonstration à l'appui, les différentes époques et modalités de la traite de Noirs et les répercutions dans les Caraïbes.

Monsieur Launay, chercheur au CRNS, et Nicole Launay, enseignante, spécialistes de la Guyane, parlent de ce département cosmopolite, au fort multiculturalisme, et précisent qu’un tiers des enfants arrivant à l’école ne savent pas parler français.



Mercredi 25 novembre 2009 : La diversité chez les jeunes


Les jeunes du lycée Hilaire du Chardonnet de Chalon (71) et leur professeur, Denise Bousquet, montrent en vidéo leurs actions humanitaires au Niger, et aux Philippines, dans un foyer de jeunes filles abusées.



Le jeune écrivain Thomté Ryan, franco- tchadien, montre dans un dialogue avec une jeune lycéenne du lycée Léon Blum du Creusot qu’être jeune des banlieues n’est pas être condamné à l’échec automatiquement .

La projection d’un document socio-culturel de Michel Meiffren intitulé «Parcours croisés» a mis en avant les réactions dejeunes chalonnais de toutes origines.

Christian Revenu, directeur de la Régie des quartiers du Creusot (71), montre l’importance d’une régie de quartier : création d’emploi, insertion professionnelle et cohésion sociale. Une régie est une porte d’entrée entre deux mondes qui ont du mal à se rencontrer.

Jeudi 26 novembre 2009 : la femme dans la diversité
Safia Otokoré, vice-présidente de la Région Bourgogne, a rappelé qu’ « une société qui s’occupe de ses femmes est une société qui grandit et s’enrichit ».







Evelyne Couillerot, 1ère vice-présidente du Conseil général de Saône et Loire n’a pas manqué de dire que « les femmes sont une diversité en elles-mêmes et pas une infériorité ».


Yvette Gressard, une militante de longue date des Droits des Femmes, a soulevé la nécessité de poursuivre la lutte pour l’égalité des chances et à ne pas déserter le combat.



Nathalie Bonnot, déléguée départementale aux Droits des femmes et à l’égalité, a rappelé, chiffres à l’appui, « que la parité entre hommes et femmes est loin d’être atteinte ».


Nadia Chafik, universitaire et écrivain marocain (Rabat), présente les statuts des femmes au Maroc (matriarcat, patriarcat) et dit que le nouveau code de la famille fera que les différences s’effaceront peu à peu mais ce sera long et inégal sur le territoire.


Puis dans un dialogue avec Véronique Tadjo, écrivain (Côte d’Ivoire), ces deux écrivains africaines, ont bien précisé qu’il y a des Afriques et que les situations des femmes sur ce continent sont très diverses.



La jeune Maria GALLO, de l’ESAT de Le Breuil, a montré que l’intégration pour les personnes porteuses de handicap est réalisable par le travail.




Vendredi 27 novembre 2009 : la diversité dans la religion


«Présente-moi ta religion», tel était précisément le thème abordé le vendredi, à l’occasion du dernier après-midi de discussions de cette semaine initiée et mise en place par le Centre Francophonie de Bourgogne. Pour parler de ce thème, ce sont deux personnalités importantes dans le domaine de la religion qui se sont présentées devant l’assemblée. En fait, elles représentaient deux religions différentes..


L’un étant le père Dominique Oudot, vicaire de l’évêque d’Autun et donc de confession chrétienne, et l’autre Monsieur Mahmoud Zuhair, directeur de l’Institut Européen des Sciences Humaines et de confession musulmane. Ayant notamment exposé leur concept de la religion et leur propre définition de la foi, ils ont aussi insisté sur un point important, à savoir celui que la diversité s’observe au sein même d’une religion

mais que cette diversité n’empêche en aucun moment l’existence de liens très forts voire même fraternels.

C’est d’ailleurs cette idée de richesse de la diversité qui prédominait à l’issue de la manifestation en place depuis mardi et fut, pour une première, une réussite incontestable.


La semaine de la diversité s’achève de belle manière par un concert, sorte de voyage musical poétique, voyage magique, autour de la Méditerrannée (chants tziganes, berbères, grecs, yiddish, yéménites…) avec la voix merveilleuse de Natasha Bezriche.


Une semaine de partage, d'écoute , de rencontres et de dialogues à travers les débats, les animations (danses et calligraphie), les repas des nationalités, les spéctacles et l'espace librairie.
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Cette importante manifestation humaniste et conviviale a pu se réaliser grâce au soutien des partenaires suivants que nous remercions: L'ACSE (le plus important), le CUSC, le conseil Régional de Bourgogne, le fonds d'intervention culturel de la Communauté Creusot Montceau, le conseil général de Saône et Loire, le ministère des Droits des femmes et de l'égalité, le Crédit Agricole.
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20 janvier 2010

LE CENTRE FRANCOPHONIE DE BOURGOGNE présente ses voeux à tous ses visiteurs.
Puisse 2010 apporter à chacune et chacun d'entre vous, santé, joie, épanouissement et à l'humanité, l'esprit de paix, de tolérance et de fraternité, dans une diversité riche de possibilités.

10 janvier 2010

La couturière - Francine ALLARD

Titre : "La couturière"
tome 1 :" Les aiguilles du temps"
tome 2 : "La veangeance de la veuve noire"
Auteure : Francine Allard
Genre : roman
Editeur : Les trois Pistoles (Québec)

Francine ALLARD, écrivaine, poète, artiste québécoise

Présenter Francine Allard n’est pas une exercice simple tant cette auteure embrasse des domaines très variés.
Née en 1949 à Verdun, ville limitrophe de Montréal à l’époque, Francine Allard, bénéficie de l’ouverture d’esprit de ses parents et dès lors sa formation s’en trouvera très étendue. Elle fait du théâtre, perfectionne sa voix, remarquable dit-on, entre au Conservatoire de musique et d’Art Dramatique, obtient un DEC en sciences humaines, étudie la philosophie, devient choriste à radio Canada, réussit le diplôme d’enseignante, prends en charge des enfants handicapés.
Parallèlement, débordante d’activité, elle étudie l’aquarelle, la poterie et participe à des expositions de groupes.
Chroniqueuse, un temps humoriste, cette forte personnalité, très ancrée dans son époque, prend position avec passion aux débats de société, comme celui récent de la réforme des programmes de l’enseignement.
Mais c’est aussi et surtout une écrivaine de grand talent. Ses romans (jeunesse et adultes) ne laissent pas insensibles. On sent derrière le trop plein d’énergie, un sens de l’autre, une ouverture, une sensibilité, une écoute, en somme une réalité humaniste.
Poète, « Au bout du quai », « Vocalises sur un sanglot », ses mots nous attrapent, nous bousculent et on se retrouve « tout chose ».
« Ne plus entendre les gémissements indigestes
de nos géniteurs frustrés
» in Vocalises… Et Vlan !!!!

Aujourd’hui, Le Centre Francophonie de Bourgogne a le plaisir de présenter les 2 tomes déjà publiés de sa trilogie « La couturière », ouvrages auxquels nous souhaitons de nombreux lecteurs.

Deux livres passionnants à lire et à offrir.

- Tome 1 « Les aiguilles du temps »

Le récit de cette trilogie annoncée commence en 1910, à Lachine, sur les bords du Lac St Louis au Québec, boulevard St Joseph.
Adelina Trudel, mère d’Emilia, met au monde un garçon, Victor, mais meurt en couches. Donatienne Crevier, la sage-femme, qui aime Josephat, le père, se mettra discrètement en ménage avec lui mais ne deviendra jamais sa femme, à son grand désespoir. Blessure qu’elle portera toute sa vie. Cependant, elle aura le temps de donner la passion de la couture à Emilia qui en fera son métier par la suite et s’affirmera comme créatrice bien en vue.
Ce roman qui se lit aisément dresse le destin de deux femmes: Emilia et Donatienne.
Pendant la crise, de familles aisées en familles riches, Emilia assurera les toilettes des mariages et du même coup aidera sa propre famille à survivre. Déçue par des prétendants inconstants, en recherche continuelle d’affection due au manque d’amour maternelle, elle rencontrera l’amour en Louis Turgeon, malencontreux chauffeur de bus que Victor, le frère d’Emilia ira percuter, un soir d’euphorie.
Donatienne, enceinte, quittera, elle, discrètement Lachine, après le décès de sa mère et son désamour, et, en femme avisée et concrète, se lancera dans l’herboristerie et la fabrication du cidre, même si les pommes au début sont « empruntées » avec le complicité du moine Michel, son amant, au couvent voisin. Poussée par ses « amis » Indiens, elle acceptera la distillation du cidre en calvados avec les risques encourus de la prohibition.
Récit bien mené, descriptions précises et imagées, Francine Allard, en écrivaine de talent, a le don de l’écriture et l’art des chutes et des rebondissements. Un roman qui nous transporte dans ce Québec qui nous est cher. Un régal.
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- Tome 2 « La vengeance de la veuve noire »

Ce 2ème tome poursuit en parallèle la vie des deux héroïnes : Donatienne Crevier et Emilia Trudel.
Donatienne développera ses connaissances en botanique et deviendra une soignante par les plantes très recherchée. Son herboristerie, célèbre dans toute la région, fera vivre son fils Joseph et la belle famille dede ce dernier. Mais cette vie de réussite ne se fera pas sans drame. Son amant, un ancien moine passionné de botanique, retournera au couvent pour l’amour des plantes, une gloire espérée et l’argent. La vengeance de Donatienne sera alors impitoyable.
Courageuse, elle couvrira, seule, la distillation interdite de l’alcool et sera internée. Même en prison, son aura attirera les êtres en perte de repères et recueillera chez elle une ancienne prostituée.
Cette femme de caractère évitera à son fils la conscription et n’hésitera pas à aller jusqu’au meurtre pour le protéger contre les autorités. Une femme d’exception.
Emilia, avec le même sens de l’indépendance, remarquable à une époque machiste, deviendra une créatrices de mode que les dames riches s’arracheront non sans être frappée, elle aussi, par des épreuves douloureuses : le décès de son frère au-dessus de la Hollande, la dérive fasciste et criminelle de Louis, son mari. Heureusement, elle trouvera la paix dans les bras d’un homme bon et attentionné, s’achètera une voiture au mépris des bonnes manières sociales, et peut être ce véhicule facilitera-t-il, dans le 3ème tome, intitulé « La persistance du romarin », la rencontre avec celle qui fut un court temps sa « mère », l’herboriste Donatienne !

Deuxième tome que l’on dévore avec bonheur.
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Vous pouvez écouter Francine Allard parler de ses oeuvres sur

http://www.youtube.com/user/MEMOIREVIVEfallard

7 janvier 2010

Cinq questions à Francine ALLARD (Québec)



De nombreux écrivains, artistes francophones, de grand talent, sont souvent, hélas, méconnus au sein de la Francophonie.
Le Centre Francophonie de Bourgogne a eu le bonheur d’en recevoir un certain nombre. Mais beaucoup d’autres méritent amplement notre attention. Francine ALLARD, est de ceux-là. C’est un honneur pour nous de lui donner la parole dans notre rubrique " Les artistes francophones ont du talent ".







Cinq questions à Francine ALLARD, écrivain, poète et artiste québécoise.



1) Francine Allard, vous êtes québécoise, et le Québec a joué un rôle actif dans la constitution de l’espace francophone, qu’attendez-vous personnellement de la Francophonie ?

En 2008, j’ai participé à la XVIIème Conférence internationale des peuples de langue française qui se tenait au Québec. Je suis membre de l’Association des Écrivains francophones d’Amérique, c’est dire que la Francophonie revêt une importance majeure pour moi. Et j’ajoute qu’elle se doit d’être omniprésente pour tous les écrivains québécois puisque notre province est secouée, comme vous le savez, par des considérations politiques, étant un petit bateau francophone naviguant par vents et marées sur une mer anglophone.
Le français est en péril chez nous et l’écrivain — celui qui porte les mots — doit exercer une influence plus grande que dans n’importe quel pays francophone. Je porte ce désir d’un pays indépendant comme une mère aimante désire l’affranchissement de son enfant. Je collabore également au bulletin de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF) qui siège à Paris, représentant le point de vue d’une écrivaine québécoise.
Au Québec, diverses littératures francophones se fréquentent et viennent titiller nos racines multiples et notre esprit humaniste. Les écrivains de toutes origines reçoivent au Canada francophone un accueil exemplaire.
En tant qu’écrivaine à multiples facettes, je suis la première à profiter de l’influence généreuse des créateurs du monde. Mes romans pour les jeunes ont mené mes petits lecteurs en Écosse, au Mexique, en Afrique, même si je n’y suis jamais allée. Une collection de guides Michelin et du Petit routard ornent ma bibliothèque personnelle et m’aident à rendre les voyages très proches de la réalité. Comme si on y était ! Mes romans d’époque, dans le Québec montréalais et campagnard, La Couturière, démontrent ce que le français a fait de mieux pour l’intrusion du Québec au monde francophone international. La contribution de ma littérature à ce fait sociopolitique mondial est désormais incontestable et je m’en réjouis. Faire partie de la littérature francophone internationale est le plus grand bien que je me souhaite pour 2010.

2) Dans vos œuvres, vous abordez des sujets peu traités en littérature : la psychiatrie, l’enfance handicapée, est-ce par formation, par compassion ou par humanité?

Je n’écris pas de la littérature jeunesse pour uniquement amuser les enfants. Comme la plupart des romans pour les jeunes sont écrits par des «vieux», je suis toujours étonnée de constater que beaucoup d’auteurs d’ici passent outre la qualité de la langue pour faciliter la compréhension des jeunes. Pour qu’ils ne se sentent pas seuls au centre de leurs imbroglios, ces auteurs tentent, par la complaisance, de nouer des liens avec leurs lecteurs. L’auteur parle comme eux, les place dans un monde familier, leur présente des situations qu’ils connaissent, sans jamais les mener plus loin ni leur demander l’effort nécessaire pour avancer. Il y a maintenant une littérature pour l’enfant devenu roi. Je tente de m’en dissocier.
Me voici donc avec des romans littéraires (déjà une différence) qui parlent aux enfants des vieillards, de la consécration de l’enfance, si je puis dire, mais aussi du respect de l’adulte. Dans mes romans, les enfants n’ont pas toujours raison et ils sont placés devant leur propre miroir et doivent apprendre à juger leurs actions. Je leur parle aussi des enfants handicapés intellectuels (Deux petits ours au milieu de la tornade – éd. Vents d’Ouest ; La dernière course de Mado Bélanger - éd. Québec-Amérique) ; de la différence (Une fleur entre deux pierres – éd. Marcel Broquet ; L’Univers secret de Willie FlibotHMH Hurtubise) sans négliger toutes mes collaborations à des collectifs dans lesquelles je traite d’Alzheimer ou de cancer infantile. J’ai aussi écrit des romans fantastiques qui ne visaient que la détente.
J’ai une formation d’enseignante auprès d’enfants inadaptés que j’ai toujours appelés «mes petites fleurs malades». Je n’ai enseigné que quelques années, mais j’ai toujours été préoccupée par les personnes dissemblables. À la sortie de mon roman Deux petits ours au milieu de la tornade, cinq journalistes m’ont parlé du début du chapitre douze qui les a marqués puisque Bertrand, le personnage principal, explique à sa mère comment se sent un enfant handicapé mentalement. C’est un passage très touchant comme si j’avais été capable d’entrer dans la tête d’un jeune handicapé intellectuel. J’ai toujours été touchée par la différence. Je me suis toujours impliquée avec ma plume, comme arme défensive plus qu’offensive, pour la protection des gens mis sur la voie d’accotement : les enfants malades ou abusés, les vieillards abandonnés, les victimes innocentes. Je le fais avec toute la poésie qui caractérise mon écriture.

Je pense que c’est le plus bel héritage que j’aurai laissé à plusieurs générations de jeunes lecteurs.


3) Vous êtes romancière, poète, vous avez fait le conservatoire de musique et d’art dramatique, vous avez enseigné, vous avez été choriste à Radio Canada, un temps humoriste, vous êtes aquarelliste, faites de la poterie, vous montez des spectacles, intervenez sur des sujets d’actualité avec passion et sans concession, qu’est-ce qui motive une telle activité débordante ?

Une activité bourdonnante vient d’une imagination débordante. Je suis de ceux qui sont nés avec le début de la culture québécoise au Canada. Ma mère m’a alors inscrite à des leçons de ballet, de piano, d’arts plastiques, de danse folklorique, de peinture et j’en oublie sûrement. Très encouragée par mes parents, j’ai été admise au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec en chant classique, puis j’ai pu compléter parallèlement le lycée (cours classique) jusqu’à l’université en philosophie. C’est paradoxalement en côtoyant Søren Kierkegaard, Platon, Martin Heidegger, et Nietzsche que j’ai compris que je devais choisir une profession humaniste. Leurs contradictions étaient les miennes et j’ai été convaincue de devenir enseignante pour éduquer les adultes de demain.
J’étais née enseignante. Je le suis toujours demeurée. Ainsi, placée devant un groupe quel qu’il soit, je me transforme en transmetteur de quelque chose. Je dis de la poésie devant des salles combles, je donne des conférences sur les sujets les plus inquiétants et me voilà dans mon élément. Celui du croisement des regards, des signes approbateurs, des rires surtout. Comme j’ai étudié l’art de la scène, le théâtre et le chant, et que j’ai fait mes premières armes comme humoriste, je suis très à l’aise devant un public. Où je suis totalement déstabilisée, c’est quand je doute que l’auditoire me comprenne. Mon premier voyage à Nice en 2004 m’a fait comprendre que je devais quitter mon accent québécois, même si mon amoureux se moquait de mon accent du sud ! Je souffre de mimétisme aigu. Vous auriez dû m’entendre discuter avec des Marseillais et leur «assent». C’est pareil quand je vais en Acadie, au Nouveau-Brunswick. J’attrape l’accent.
J’ai besoin de m’exprimer mais aussi, de m’assurer la vie éternelle puisque celle que me promettait l’Église Catholique de jadis, est disparue en même temps que ma ferveur. Je tente par tous les moyens de laisser des traces : la dentelle, l’aquarelle, la poterie, l’écriture sont des moyens que je privilégie. Montrer ce que je suis par les choses que je fais ! Nous avons bâti un atelier d’artiste à cinquante mètres de notre maison qui s’appelle l’ANTRE de Ferron (Jacques Ferron étant un grand écrivain québécois et médecin comme mon conjoint) où j’ai installé une galerie d’art et de poésie. Les touristes qui y entrent se voient offrir un thé japonais (en l’honneur de Dany Laferrière) et peuvent entendre de la poésie, la mienne. Je vis pour la création. Et je souffre aussi pour elle.

4) Votre trilogie « La couturière » est prodigieuse, et nous l’espérons, vouée à un grand avenir, pourquoi vous êtes-vous lancée dans une saga si grandiose et qu’est-ce que vos recherches vous ont appris sur le Québec?


La Couturière (Les aiguilles du temps et La vengeance de la veuve noire) est une saga de près de 1 500 pages, publiée chez le grand Victor-Lévy Beaulieu, sans doute notre Victor Hugo à nous. J’en suis très fière. Mais que les Français puissent lire et aimer cette trilogie (La persistance du romarin, troisième tome en gestation) me comblerait de bonheur. Oui, je plonge dans le quotidien de la campagne québécoise avec le personnage de Donatienne Crevier, devenue soignante par les plantes, et Montréal, la citadine, avec le personnage d’Émilia Trudel, devenue créatrice de mode comme le fut Christian Dior.
Quand un francophone d’ailleurs lit La Couturière, il apprend tout sur le Québec, de la vie des gens en 1910 jusqu’à l’arrivée de l’Exposition universelle de 1967. Cette année-là a fait pénétrer le Québec dans la cour des grands et grâce à Jean Drapeau, le maire visionnaire de Montréal, le monde a commencé à nous entendre. À l’instar de Félix Leclerc, sont arrivés en Europe de nombreux écrivains, des chanteurs, des gens de théâtre et de cirque et des humoristes. Bien qu’il y ait encore beaucoup à accomplir pour faire connaître notre littérature en France — comme votre organisme le fait à merveille —les écrivains québécois sont en de meilleures postures qu’avant.
Je ne peux pas affirmer avoir beaucoup appris par mes nombreuses recherches sur le Québec du début du XXème siècle. Les femmes de ma vie, mes grands-mères et ma mère m’en ont tant parlé. Mais j’ai appris sur la psychologie des gens dont les enfants allaient au front pour une monarchie qui était une légende. La Grande Bretagne a donné, il y a longtemps, une petite tape sur le derrière du Canada en lui offrant aussi sa liberté. Le Québec seul a compris cela comme l’enfant le plus déluré des dix. J’ai appris cependant une chose primordiale : quand un écrivain raconte le passé, il faut qu’il sache tout, dans les moindres détails au sujet de ce passé.
C’est ce que je crois avoir réalisé en écrivant La Couturière. Le troisième tome sera accompagné d’une longue bibliographie qui attestera des nombreux manuels historiques que j’ai consultés. Mes lecteurs pourront poursuivre leur incursion dans cet univers qui a servi le mien. Je refuse cependant d’y inclure un glossaire des termes québécois. Parce que lorsque j’ai entendu Fernandel qui disait par exemple Le Curé de Cucugnan, ou quand j’ai lu Pagnol ou tous les auteurs contemporains qui utilisent l’argot parisien, j’ai simplement appris par le contexte et je veux que mes lecteurs français s’amusent aussi. Quoique la langue de La Couturière soit presque exempte de québécismes.
J’ai appris, parmi la horde immense de romans d’époque qui peuplent les librairies en ce moment, qu’il faut décupler les efforts de promotion. Le roman Les Filles de Caleb, par exemple, est arrivé à point nommé et s’est vendu à des milliers d’exemplaires. Au Québec, vu le petit nombre de lecteurs, on a un best-seller quand on vend 3 000 copies d’un roman. La Couturière a dépassé le cap des 10 000 exemplaires.

5) Vos aquarelles sont très frappantes : les couleurs, le montage, la recherche, pourquoi est-ce cet art que vous privilégiez ?

L’aquarelle a presque toujours servi, par sa transparence, à dessiner des paysages, des fleurs ou des poissons. C’est ce que l’école d’aquarelle m’a appris. Des nœuds sur les troncs d’arbres, des brins d’herbe sortant de la neige, des jardins fleuris. Ma première aquarelle représentait une grosse femme tenant une glace derrière laquelle se tenait un jeune enfant, la salive à la bouche. Il y avait plein de couleurs estompées au papier mouchoir. Je lui ai posé un passe-partout et je l’ai apportée à mon professeur. Elle avait beaucoup à critiquer en tant que technicienne, mais avouait qu’elle était subjuguée. La semaine suivante, l’éditeur Alain Stanké se servait de La grosse dame au cornet pour la couverture de mon premier roman : Ma belle pitoune en or (1995).
J’aime la folie que me permettent les arts visuels. Le pastel gras ou sec, l’acrylique, le papier fait main, les masques de semi-porcelaine sous vitrine, me permettent de m’exprimer, mais jamais comme l’aquarelle qui demande un vaste geste spontané —on ne retouche pas l’aquarelle — et se prête bien à la gestuelle contemporaine. Ainsi, en ce moment, je travaille à une collection intitulée VINO dans laquelle j’utilise d’abord la calligraphie à la plume pour inscrire des centaines de noms de vins français ou italiens (mon amoureux est un oenophile consacré) que je noie dans l’aquarelle puis j’ajoute des étiquettes et même des capsules de bouteilles en plomb que je transforme en sesterces. Le résultat est très apprécié.
Je tente de vendre à des vignerons québécois des œuvres qui nomment leurs produits portant de jolies appellations. Ce n’est pas si différent de l’écriture. Et je peux écrire en picolant un peu, non ? Vous pouvez visiter ma galerie en allant sur mon site :
http://www.francineallard.com/

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