28 décembre 2013

Le thé n'a plus la même saveur

 Titre : Le thé n’a plus la même saveur
 Auteur : El Hassane Aît MOH (Maroc)
  Editeur : L’Harmattan
  Genre : roman

            Voici un roman qui aborde avec lucidité deux sujets d’importance et d’actualité : la situation d’un immigré et le mariage de leurs enfants arrangé par les parents et par de-là la situation des femmes.
         H’ddou, jeune homme marocain, est jugé apte par un recruteur français avec la complicité des autorités locales, à « prêter ses bras » dans une entreprise de Lyon. 
           L’auteur raconte la sélection, le départ, le voyage, l’arrivée anonyme, la petite chambre Sonacotra à Lyon, la vie d’un célibataire.
          Un an après, retour au village, plus exactement à  Amerdoule, un village perdu quelque part entre une vallée et un oued (p. 51), cette fois en « facance ». Il est fêté comme un héros d’autant plus qu’il apporte moult cadeaux que chacun espère. Plantureux repas avec les villageois qui en profitent.
         Au deuxième retour, les deux familles ont arrangé un mariage avec une cousine, H’ra, qui, heureusement, est celle avec laquelle il a joué et « flirté », petit.
           Fête au village, preuve officielle et ostentatoire de la virginité de la jeune mariée, tradition et honneur obligent. Mais ce bonheur n’a qu’un temps. Il faut repartir.
           L’année suivante les choses se sont gâtées. La jeune femme, prise comme bonne à tout faire par la belle famille, est retirée par son dragon de mère et un divorce est prononcé sans l’avis de la jeune épouse.
            Retour difficile d’H’ddou à Lyon. Il vit, un temps, avec une jeune française, sans doute par compensation. Mais les préjugés des parents, la différence de culture vont contaminer leur relation et une séparation s’ensuit.
            C’est la chute pour H’ddou. Très mal au fond de lui puisque tout s’écroule, il se laisse aller, ne va plus au travail et les autorités préfectorales lui signifient son expulsion.
 Revenu à la case départ, il ne supporte pas l’atmosphère pesante au village. On n’admet pas l’échec d’un des siens. H’ddou doit quitter ce climat délétère et fuir  à Marrakech, la grande ville. Et au hasard d’un thé à la menthe qui aura la même saveur celui-là, la serveuse du bar n’est rien d’autre que son ex-femme….

          Ce roman au style linéaire a le mérite de mettre le doigt sur le contraste des cultures, la situation aléatoire de l’immigré, le poids écrasant des traditions et la persistance des superstitions dans un Maroc profond.
          En sociologue, Hassane Aït MOH, l’auteur, nous montre du dedans, la vie, parfois/souvent peu enviable d’un émigré (travail harassant, regards soupçonneux, logement exigu ou indécent, coupure affective, différence de religion). Et l’autre point fort de ce récit dévoile la vie, ô combien étouffante, des jeunes femmes marocaines : pression sociale, interdits en tout genre et en particulier religieux, omniprésence des familles, surtout des mères et belles-mères.
          Ce roman humaniste que l’on lit d’une traite a le mérite d’aborder des problèmes que les sociétés tant européennes que maghrébines auraient intérêt à régler rapidement.
          Un roman très intéressant.
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Citations
              « H’ra était déchirée entre ses sentiments d’amour et le jugement de la société qui plaçait les parents au dessus de tout et considérait l’amour comme une simple faiblesse de l’âme. Le cœur, dit-on, est aveugle » (p.79)

             « Plutôt les piqûres d’abeilles dans ton pays que le miel dans le pays des autres » (p.9 et 113).
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Qui est El Hassan Aït MOH ?
          Hassan est né en 1962 à Bouskour, une ancienne mine de cuivre, à côté de Ouarzazate, une ville moyenne, au pied du haut Atlas, au Sud-est du Maroc.
         Après le BAC, il étudie la sociologie et l’anthropologie à l’université de Lyon. En 1980, il obtient une maitrise de sociologie et une licence en sciences de l’éducation et plus tard, il décrochera un DEA en sociologie.
De retour au Maroc, il sera maitre d’école avant d’être appelé à la formation des maitres au Centre de Formation des Enseignants de Ouarzazate. Et en 2002, il rejoint la mission culturelle marocaine en France.
Berbérophone, Hassan maitrise à la perfection l’arabe et le français, langue qui est sa langue d’écriture.
Il habite la Drôme (France).
        Outre l’animation d’ateliers d’écriture, Hassan assure des formations interculturelles et des stages pour enseignants portant sur « la connaissance des publics porteurs de cultures différentes ».
El Hassane Aït Moh a aussi publié : « Le captif de Mabrouka » (2010) et « Les jours de cuivre » (2013), tous les deux aux éditions de L’Harmattan. 

       Avis du Centre Francophonie de Bourgogne: les 3 romans de El Hassane Aït Moh, écrivain marocain francophone, sont tous des livres forts. 
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Brève incursion dans l’imaginaire de l’écrivain :
- « J’ai d’abord écrit pour exorciser mes angoisses, mes déceptions ».

- « Le moteur de mon désir d’écrire, c’est aussi la volonté longtemps enfouie d’exprimer des émotions fortes, des opinions, des croyances ».




         

 -  « Je crois en le pouvoir des mots lorsqu’ils s’organisent en écriture ».

-  « L’écriture est pour moi une aventure…Elle libère une énergie créatrice qui nous emporte loin de notre quotidien…dans l’acte d’écrire, il y a souvent une volonté d’évasion, de découverte et de recherche. »

-  «L’homme est conditionné par sa propre culture dont il se sent fier ou qu’il rejette… Je pense que le fait de s’éloigner de son pays renforce l’attachement à ses origines. »

-  « J’ai un penchant dans mes écrits pour les personnes exclues, marginalisées…parler de ces gens-là, c’est leur redonner une forme de dignité dont les a privés la société ». (Extraits de l’interview à  Jadaliyya et à Perspectives Méditerranéennes).
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16 décembre 2013

Exposition : Femmes d'Afrique

                          3èmes Rencontres de la Diversité

                      Exposition: Femmes d'Afrique

 L'artiste Annick Bohec Vicente
             Dans le cadre des 3èmes Rencontres de la Diversité , 28/29 et 30 novembre 2013, le Centre Francophonie de Bourgogne a invité, l'artiste Annick Bohec Vicente à venir exposer ses oeuvres. 
                 Annick Bohec a fait les Beaux Arts. Professeur des sciences humaines; elle a enseigné au lycée de Sens. Enseignante proche de ses élèves, dans le cadre des clubs UNESCO, Annick a emmené des lycéens au Mali où elle a rencontré, au salon Etonnants voyageurs de Bamako, l'écrivain malien , Moussa Konaté qui vient de décéder.
                Femmes d'Afrique, une très belle exposition, est un clin d'oeil aux femmes maliennes qu'elle a rencontrées et avec lesquelles elle a sympathisé. 
Dans les tableaux aux techniques mixtes, des morceaux de tissu, utilisés couramment par les femmes africaines, sont incorporés.
            



  A la suite des Rencontres, l'exposition a été présentée dans la salle d'exposition de la bibliothèque municipale de Le Breuil en Bourgogne (France).







12 décembre 2013

Les animations lors des 3èmes Rencontres de la Diversité

Torcy - Rencontres de la diversité 

Un atelier sur l'illustration d'albums pour enfants A. R. (CLP) 
                                                                                         



          L’accompagnement scolaire de Torcy est partenaire du Centre de Francophonie de Bourgogne. Dans le cadre des Rencontres de la diversité, une intervention s’est déroulée vendredi dans les locaux du centre de loisirs. Hélène Moreau, graphiste et illustratrice d’albums pour enfants a animé un atelier dessin pour les élèves de CE2, CM1 et CM2 inscrits. Elle a parlé de son travail et a proposé aux enfants de réaliser un portrait en mettant en avant les « différences » (forme du visage, couleur de peau, nature du cheveu…) avec des exemples sur tableau.
         Ce type d’interventions se déroulent ponctuellement à l’accompagnement scolaire. Cet atelier avait pour objectif d’initier les élèves au dessin d’illustration. Dans la construction d’un album chacun a son rôle (auteur, illustrateur, éditeur, imprimeur, diffuseur, libraire, bibliothécaire.) pour arriver jusqu’au lecteur.

Rencontres de la diversité Marionnettes marocaines au club de la régie de quartier du Creusot

 Antoinette Rupo (CLP) 


On échange tout en travaillant .

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  Dans le programme des Rencontres de diversité, un rendez-vous était réservé vendredi matin aux usagers des clubs de la Régie de quartier. Rachida Bensetti, responsable du club Régie du Tennis, accueillait Halima Hamdame, originaire du Maroc, conteuse, écrivaine et comédienne. Durant l’échange avec des femmes d’origines diverses, elles ont confectionné des marionnettes à partir de bouts de tissu, morceaux de bois et du fil. « Issues de la tradition marocaine, ces poupées sont réalisées par les petites filles qui leur donnent un nom et créent des personnages », détaille Halima Hamdame, qui souhaite conserver cette pratique ancestrale trouvant son origine dans la fête de « l’Achoura » dans le monde arabe. Cette fête des enfants se déroule le dixième jour du premier mois de l’année Hegir (calendrier arabe). Cette tradition permet la rencontre entre les femmes (jeunes et adultes), libère la parole et suscite l’imaginaire par les histoires qu’elles créent pour leurs poupées.


LYCEE BLUM : Les lycéens ont reçu Sonia Chamkri 
Le Dimanche 01 décembre 2013 @ 02:38:00


Docteur Es-Lettres , Sonia Chamkhi enseigne le Design image et la pratique audiovisuelle à l'institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis.

Sonia Chamkhi (Tunis)
Cinéaste, auteur dramatique et littéraire, elle a participé à l'adaptation de plusieurs longs métrages tunisiens.
               Sonia participe à la semaine de la diversité organisée par le centre de francophonie de Bourgogne. Elle est également intervenue à deux reprises au lycée Léon Blum. Au CDI, d’abord ou elle a rencontré une clase de seconde générale et leur professeur Chantal Lebeau. «  Nous profitons toujours des opportunités proposées par Claude Thomas pour ouvrir nos lycéens à la culture » expliquait Nadine Masiuk, documentaliste.
            Puis ce sont les terminales CAP option coiffure et Catherine Bollery qui ont accueilli l’écrivain dans le cadre des ateliers littéraires
           Les jeunes avait lu, entièrement ou des extraits, deux ouvrages de Sonia Chamkri, « Leïla ou la femme de l’aube » et « l’homme du crépuscule ». Dans le premier, l’auteur  raconte l’histoire d’une tunisienne en mal d’amour après un mariage raté, Leïla écrit à Iteb, son amour d’enfance, l’homme qui la fait fantasmer 14 lettres, toutes restées sans réponse. Juste pour raconter ses peines,  ses colères, ses  difficultés à être une femme à la quête de ses droits, une femme à la recherche de son identité dans un pays arabo-musulman. Un livre qui parle de Leïla  mais aussi de son amie Nada, radicalement différente, Nada qui ose aimer jusqu’à se perdre.
           Dans le second livre, Iteb parle de sa propre histoire, celle d’un jeune tunisien exilé dans une ville du nord de l’Europe et qui survit grâce aux souvenirs de son enfance tunisienne et de son amour de jeunesse Leïla.
          Deux récits qui parlent de diversité, d’exclusion, de différence. Les jeunes ont paru touchés par ces deux histoires qui visiblement leur parlaient. Les questions ont été nombreuses et le dialogue avec Sonia Chamkri riche et chaleureux. Preuve que les jeunes d’aujourd’hui croient encore en l’amour les adolescents voulaient savoir si, dans un troisième tome, Iteb et Leïla allaient se retrouver. Sonia ne l’envisage pas mais une adaptation cinématographique l’obligerait à imaginer une fin… 
         Et comme l’écrit l’auteur à travers la dernière lettre de Leïla « Aujourd’hui Iteb, je refuse de pleurer. Je veux que l’espoir se dresse jusqu’au fond de l’abîme. »
M-HM



La vie de Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal (film)

         Les 3èmes rencontres de la diversité ont commencé de belle manière par la projection du film de Annabel Loyola , Sur les pas de Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal, à Torcy (France), le jeudi 28 novembre 2013

Rencontres de la diversité Torcy : un film et un débat sur la vie de Jeanne Mance,  Antoinette Rupo (CLP) 


Annabel LOYOLA (franco-québécoise) 
Les 3e Rencontres de la diversité organisées par le Centre francophonie du Bourgogne s’articulent autour de différents échanges avec des scolaires, des associations et le public convié à suivre les débats à l’Escale.
           Jeudi soir, c’est au centre culturel de Torcy que le Centre Francophonie, présidé par Claude Thomas proposait une rencontre-débat après la projection du film d'Annabel Loyola La folle entreprise. La jeune femme originaire de Langres a emprunté le chemin migratoire de Jeanne Mance, elle aussi partie de cette ville il y a plus de trois siècles.
Figure emblématique de la construction de Montréal, Jeanne Mance a été longtemps une figure méconnue de l’histoire qui lui rend aujourd’hui sa légitimité comme cofondatrice de cette ville canadienne. Annabel Loyola s’est intéressée au destin d’une femme célibataire et indépendante. Elle est partie sur ses pas pour effectuer des recherches et réaliser un film relatant l’épopée de la pionnière française émigrée en terre inconnue.



3èmes Rencontres de la Diversité

Les 3èmes Rencontres de la Diversité

Ces Rencontres qui se sont déroulées à Torcy et Le Creusot (France), les 28/29 et 30 novembre 2013 ont débuté par 2 interviews de deux auteurs invitées publiés dans la presse locale. Voici la 1ère

RENCONTRES DE LA DIVERSITE : 3 questions à Sonia CHAMKHI, écrivain (Tunisie)
Le Mercredi 27 novembre 2013 @ 03:15:00 Partager



Le Centre de la Francophonie, animé par Claude Thomas, organise les 3e rencontres de la diversité, dès jeudi soir. Sonia Chamkhi, écrivain, explique ce que pour elle représente la diversité.



     Vous êtes invitée par le CENTRE Francophonie de Bourgogne (Le Breuil), aux 3èmes Rencontres de la Diversité, les 28/29 et 30 novembre qui auront lieu au Creusot (France). Vous qui vivez en Tunisie, terre de passage historique, que représente pour vous la Diversité ?
Sonia CHAMKHI : D’abord c’est avec joie que j’ai accepté cette invitation parce que je crois profondément à l’échange et au partage : des préjugés et parfois même de la méfiance nous séparent et ce genre de rencontre tisse des liens qui ont toutes les chances de venir à bout des réticences et de raviver l’amitié et la compréhension mutuelle. Et c’est encore mieux si cette rencontre porte sur la diversité car celle-ci est d’abord pour moi la reconnaissance de la richesse de la différence d’une part et paradoxalement le lieu de la convergence de l’humain. Une diversité qui reconnaît les singularités, les métissages,  les minorités et postule l’altérité de chacun non comme une menace pour l’intégrité communautaire mais au contraire comme une source d’enrichissement et de renouvellement.
Oui cette conviction est d’autant plus profonde que mon pays a toujours été non seulement une terre de passage mais plus que cela de brassage et de métissage. Ceci nous a prémuni des identités meurtrières pour emprunter une célèbre formule de l’écrivain libanais Amin Maalouf. Mon pays est réellement multiple, ouvert et singulier : africain,  arabe, méditerranéen. Sa culture vivante, de l’art de vivre à l’art tout court tient de l’apport de tous ceux qui ont habité son sol : les berbères, les phéniciens, les romains, les turcs, les arabes, les français, les italiens, les maltais ; musulmans, juifs et chrétiens, ils nous lèguent un héritage de la diversité très précieux et je crois que dans leur majorité, les tunisiens sont conscients de cette immense richesse et personnellement, je me sens profondément de cette pluralité ouverte et féconde.

          Vous avez écrit deux romans. Le dernier « L’homme du crépuscule » (Ed. Arabesques) retrace le tiraillement  d’un jeune Tunisien entre deux cultures, celle de l’Europe occidentale et celle du Maghreb, qu’avez-vous voulu toucher du doigt dans ce roman réussi ?
Oui Iteb, le personnage principal du roman est un exilé. Mais pas n’importe lequel : d’abord c’est un exil forcé, c’est sa mère qui l’oblige alors qu’il est encore adolescent  à rejoindre son père dans la grande capitale du Nord. Aussi son parcours est-il d’abord celui d’un arrachement et d’un déracinement. Iteb reste « étranger » à la culture de son pays d’accueil. Il est en quelque sorte désarmé et subira les préjugés et l’exclusion parce que aussi, il est incapable de faire les premiers pas…il m’a semblé important de peindre le portrait d’un étranger : c’est une manière de donner la parole aux solitaires et aux «  non intégrés » et les faire aimer malgré tout : le roman dévoile son intériorité, sa sensibilité et  sa quête d’amour. Et comme Iteb, en plus de son travail de gardien de parking, est luthiste et chanteur oriental de cabaret, c’est par la musique et le chant que sa part belle et secrète est dévoilée au lecteur. Je traduis les paroles des chansons arabes vers le français et je tente de transcrire les mélodies, les subtilités et le charme envoutant de notre musique dans votre langue qui m’habite autant que ma langue maternelle.
J’ai l’intime conviction que l’art, la musique, la littérature et la poésie viennent à bout de tous les malentendus  : c’est une grâce qui nous unit.
Il est possible que ce récit évoque également le tiraillement entre deux  cultures : celle originelle de Iteb et celle de son pays d’accueil mais si je devais en délimiter un point nodal, je dirais que c’est d’abord le droit à la différence : à défaut d’aimer l’autre parce que nous sommes malheureux ou pas assez généreux ou par peur ou pour un tas d’autres raisons, nous nous devons au moins de le respecter. Le mépris est le sentiment le plus abject disait Sartre : il rabaisse celui qui le porte et celui qui le subit.

          Vous vivez à Tunis où vous enseignez, votre pays vit des moments difficiles. A quelles menaces, les femmes Tunisiennes, considérées comme les plus émancipées du Maghreb, sont-elles confrontées ?
J’aurais souhaité répondre à aucune menace mais il est vrai qu’il a fallu une grande mobilisation pour préserver les acquis à un moment postrévolutionnaire où nous pensions obtenir de nouveaux droits telle que l’égalité à l’héritage. Aussi le fait que cette mobilisation ait porté ses fruits montre que dans sa globalité la société tunisienne tient mordicus au progrès. Les difficultés que connaît mon pays sont conjoncturelles, elles témoignent de tensions certes réelles au sein de la société mais leurs résolutions dans l’ensemble sont positives et aujourd’hui qu’elles sont l’objet d’un véritable débat de société – et non plus le fruit de législations imposées par l’Etat- elles seront, je pense, irréversibles. 

Le programme
Jeudi 28 novembre

 Au C2 à Torcy
20
h30: ciné-conférence de la cinéaste Annabel Loyola

Vendredi 29 novembre
 À 10
h: Animations à la régie des quartiers du Creusot au Tennis. Fabrication de marionnettes marocaines et paroles de femmes avec Halima Hamdame (conteuse et écrivain) (Maroc).
À L’Escale, Le Creusot
Dans la salle
: Stands librairie, Femmes solidaires, exposition de peintures: Femmes d’Afrique d’Annick Bohec (Sens) Annick Bohec (Sens).
14
h30: inauguration. 15h: Débat: «Être fille» avec Halima Hamdame, Sonia Chamkhi, Annick Bohec, et des témoignages divers.
19
h30: musiques et chants du monde: Le groupe «Pagaille» (Musique du Morvan), chansons napolitaines (Emilio Armillès), la chorale Bella italiana, Fado et musiciens portugais, démonstration d’instruments des 5 continents, chanteuse franco-malgache.
Saveurs d’ici et d’ailleurs, buffet payant au choix (préparé par les associations du Cambodge, du Maghreb et de Turquie). Entrée libre

Samedi 30 novembre
À l’Escale, Le Creusot
 De 9
h30 à 11h30: calligraphie japonaise et danse américaine jazz par Marisa Hayes, artiste interdisciplinaire (USA). Inscription 5 € au 06.47.29.36.47.
À 15
h : débat: «La diversité réussie, ça existe». Animé par Claude Thomas. Témoignages divers et interventions de Sonia Chamkhi (Tunisie), Brigitte Tsobgny (Cameroun).
En présence de Nasrine Zaïbi, vice-présidente de la région Bourgogne, chargée de la jeunesse.
 19h30: Musiques & Danses du monde: Flamenco avec Viva Flamenca, Danse orientale, Danses du Morvan (groupe Pagaille).




7 décembre 2013

Hommage à Moussa Konaté, écrivain malien


Une conscience de L’Afrique Noire contemporaine

 s’en est allée.

²
      Quelques jours avant le grand homme, Nelson Mandela, l’écrivain malien, Moussa Konaté, 62 ans, s’est éteint, samedi 30 novembre, à Limoges (France). C’était un ami. 
Nous nous étions rencontrés, la 1ère fois, au Centre Culturel Français de Bamako où il présentait une pièce de théâtre, puis à Paris et de
nombreuses fois à Le Breuil en Bourgogne (France), invité soit de la ville du Breuil, soit du Centre Francophonie de Bourgogne.

   A Sens, à Auxerre, à Dijon, au Creusot, à Saint Rémy, partout en Bourgogne, avec les adultes comme avec les lycéens, il parlait de l’Afrique et du Mali son pays, avec clarté et lucidité, et pointait, sans ambiguïté, les maux de la société africaine. Tout en gardant espoir pour son pays.
  Dans son essai retentissant : « L’Afrique noire est-elle maudite ? », il y dénonçait la corruption délétère, le clanisme, l’obscurantisme religieux, les guerres absurdes et la traditionnelle solidarité africaine qui, par dérive maintenant, encourage paresse et facilité. Tout en respectant les ancêtres, il était conscient que leur vécu ancré dans la tradition et un passé révolu, figeait toute évolution sociale surtout dans un monde qui avance à grands pas.

 Intellectuel engagé, Moussa Konaté a pris le risque de combattre en son temps, la dictature de Moussa Traoré. D’abord Professeur de français, puis dramaturge, romancier, essayiste et polémiste, Moussa Konaté fut aussi éditeur avec Le Figuier. 

Persuadé qu’il était que seul le livre à petit prix, multilingue et destiné à la jeunesse, pouvait préparer les générations futures. On retiendra l’auteur talentueux de romans policiers et du célèbre commissaire Habib, façon pour lui de détricoter la société malienne et d’en montrer les travers.
 Enfin Moussa Konaté a crée et dirigé pendant 10 ans, avec Michel Lebris, le salon du livre de Bamako, Etonnants voyageurs, salon de renommée internationale qui a révélé bien des talents.

 On revoit sa longue silhouette nonchalante arrivant à la Foire du livre du Breuil. On se souvient de son calme, de sa gentillesse et disponibilité, de sa voix grave, de son air mélancolique et de son rire soudain éclatant, de sa souffrance contenue pour le Mali en recul. Et nul doute que les dramatiques événements récents dans son pays l’ont profondément atteint.
 Adieu ami Moussa.
 Puissent tes paroles de sagesse irriguer les terres rouges de ton pays et éclairer les esprits des nouvelles générations. 
Adieu ami. 
                                                   Claude Thomas Président du Centre Francophonie de Bourgogne.
NB Le fonds francophone du Centre Francophonie hébergé par la bibliothèque municipale du Breuil possède tous les livres de Moussa Konaté.

17 novembre 2013

RENCONTRES FRANCOPHONES en SERBIE




Une amitié de 30 ans
 
RENCONTRES FRANCOPHONES en Serbie



le français comme lien   

Profitant d’un voyage privé en République de Serbie, du 8 au 18 octobre 2013, Claude Thomas, président du CFB, a rencontré plusieurs francophones Serbes.
     D’abord une amie, Angela Kostic, professeur de français maintenant à la retraite, demeurant à Bor (Serbie).
Angela Kostic et Claude Thomas avaient organisé avec l’aide d’un comité de jumelage, un intéressant échange linguistique, de classe à classe, dans les années 80, autour de la langue française, entre le collège, 3, oktobar de Bor et le collège La Croix Menée, établissement public, à la Creusot (France). Le Creusot et Bor étant deux villes jumelées.
    Ce fut évidemment des retrouvailles chaleureuses et émouvantes. Angela Kostic et son mari, Sinisa, comme beaucoup de Serbes, ont le sens de l’accueil et de l’hospitalité. Trois jours d’échange, de rencontres, de visites et d’amitié. Le mot ami n’est pas un vain mot en Serbie…
    Autre rencontre marquante avec la jeune professeure de français, Tanja Stanojevic, qui  a remplacé Angela Kostic au collège 3, oktobar de Bor. Tanja, et c’est réjouissant, est une jeune professeure motivée, francophile et naturellement francophone vu son métier.
 Autre point fort, Claude Thomas a pu intervenir dans deux cours de français en travaillant sur la diction. Elèves attentifs et expérience très agréables. Dialogue ensuite avec la directrice de l’établissement sur ce qui pourrait faciliter des échanges scolaires franco-serbes.
Passage de témoin
   Enfin à Belgrade et Novi Sad, Claude Thomas a rencontré les responsables des échanges culturels/linguistisques à l’Institut de France. Sonja Filipovic à Belgrade et Anne-Claire Noêl à Novi Sad. Quelques idées autour d’auteurs français en résidence ont pu être échangées.
   Ce compte rendu ne serait pas complet si on ne mentionnait pas le Monument à la France dans le beau parc Kalemegdan, à Belgrade et le Musée-Mémorial de Sumarice, à côté de Kragujevac, l’Oradour Serbe.
Visite émouvante et silencieuse en souvenir des martyrs innocents du nazisme.
 Contrairement au pessimisme ambiant, même si la langue anglaise facilite les échanges, la langue française vit bien et il ya des gens motivés pour la faire vivre et il faut saluer leur enthousiasme.
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Une classe sympathique









15 septembre 2013

L'Homme du crépuscule

Titre : Lhomme du crépuscule
Auteur : Sonia Chamkhi
Editeur : Arabesques (Tunisie)
Genre : roman

Les personnages :
Sonia Chamkhi (Tunisie)
Un jeune Tunisien, Iteb, insouciant car à l’abri du manque aime d’un amour sincère sa jeune voisine, Leïla.
Un père qui part tôt et revient tard. Une mère, Houda, d’origine esclave qui veut, à tout prix, être l’égale des plus aisés. Un frère, Nabil, paresseux, insouciant lui aussi,  et qui échoue dans ses études.

Mais tout va être chamboulé car le père quitte femme et enfants et émigre en Europe. Terminée la vie insouciante. La mère obligera Iteb à rejoindre son père dans « La grande ville du Nord », sans doute Bruxelles. Hélas, ce père n’a pas de domicile et vit chez ses maitresses successives. Iteb se retrouvera donc en internat pour préparer le bac. Il y  éprouvera la solitude, l’abandon du père et, en compensation, s’accrochera à cet amour restée au pays. Tout en continuant ses études, le jour, il sera, la nuit,  veilleur dans un parking.
Comme les choses ne sont jamais simples, Nabil, son frère, arrive  à son tour. Ce frère superficiel, recherchera la facilité, ira de fille en fille et Iteb se devra de veiller sur lui.
La vie d’émigré est difficile : ennui, solitude, mépris, rejet, voire racisme. Un jour, une rencontre changera sa vie, celle d’un musicien Irakien qui l’ouvrira à la musique et ce sera une révélation, une ouverture sur une voie inconnue et une voix, celle d’Om Kalthoum, l’Etoile de l’Orient.
 Retour au pays où il mandera la main de Leïla mais il sera éconduit par la mère de celle qu’il aime. Il apprendra plus tard son mariage.
La vie est difficile dans cette Grande ville du Nord, mais il faut tenir : refouler la déception amoureuse, aider ce frère inconscient qui tentera de se suicider et gagner sa vie.
Entre un présent compliqué et un avenir incertain, entre un frère handicapé et une mère frustrée et fantasque, entre un amour qui se dérobe et la nécessité  de faire front, Iteb, heureusement, a la musique. Il apprend, progresse, chante et se produit.
Et l’avenir sourit à ceux qui savent forcer le destin. Il revient vivre à Tunis tout préservant un retour possible, vit un amour de compensation avec une femme plus âgée, retrouve le berceau de sa famille, revoit Leïla, maintenant divorcée, et rêve d’un amour enfin possible : « Je la prendrai dans mes bras, je l’envelopperai de tout mon corps… ».
Roman construit comme un scénario. Le récit nous est livré par étapes, style travaillé et poétique à la fois.
L’auteur ne peut oublier les soubresauts de son pays et fait un clin d’œil à la Révolution des Jasmins : « Mon pays est libre parce que la marche des miens, de mes Cousins, pauvres, déshérités, déclassés, a détruit le mur de la peur qu’érigent les Puissants. ».
Il y a chez Sonia Chamkhi, l’auteure, une grande délicatesse et attention aux souffrances des êtres, un humanisme qui émerge tout au long de ce roman poignant, et que l’on quitte différent.
Excellent roman d’un écrivain de talent.
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6 juillet 2013

L'enfer de Diderot


Francine Allard consultant l'Encyclopédie à l'Ecomusée du Creusot (France)

  Titre : L’enfer de Diderot  (Tome II de « De l’eau sur le papier »)
  Auteure : Francine Allard
  Editeur : Les trois pistoles (Québec).
  Genre : roman 

 Le tome II « De l’eau sur le papier », intitulé « L’enfer de Diderot », est un grand roman à plusieurs titres.
-         Il nous trace le destin d’un artiste, Adriano, aquarelliste en l’occurrence, qui, malgré les aléas de la vie, est tendu vers un but, un idéal pour lui : être célèbre. Et qui n’hésite pas à tout quitter pour parcourir le monde.
-         L’ enfer de Diderot a le mérite, aussi,  de nous faire découvrir les grands artistes québécois du XXème siècle, les Borduas, Riopelle, Paul V. Beaulieu, Dyonnet, peu connus ou inconnus, en dehors du Québec. A noter que Francine Allard est aussi aquarelliste….
-         Enfin, Francine Allard tente de donner une signification à l’absence du tome VIII de l’Encyclopédie. Habilement, ce grand auteur québécois, relie ce mystère à un fantasme/fixation, mi sacré mi pathologique, qui resurgit et pollue notre époque. Elle suppose que ce tome parlait de l’hymen, source de tant d’ignorance, d’horreurs, de pressions sociales et d’interdits religieux. Pratiques pourtant d’un autre âge qui prennent en otage le corps des femmes et aliènent leur liberté. Francine Allard suppose que les auteurs de l’Encyclopédie, se basant sur l’anatomie, avançaient que l’hymen pouvait ou ne pouvait pas exister, contredisant par là même, les assurances de la Religion  et mettant à mal le dogme de la virginité de la Vierge Marie, ce que des moines, gardiens de la Doctrine, ne pouvaient admettre.
Ceci dit, dans le 2ème tome de cette saga,  l’auteur mène rondement l’histoire d’Adriano et de ceux ou celles qui vivent autour de lui: rebondissements imprévus et frustrants, femmes aimées que l’on quitte tout à coup, coups de foudre soudains où « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » (Pascal), sauvetage de ses  deux filles, présence inquiétante de la pieuvre mafieuse Montréalaise qui rôde, affres de la création et voyage dans des lieux mythiques de l’histoire artistique, à Vence, Saint Paul, Biot, Antibes et retour familial et triomphale, à Naples. Sans oublier le fil conducteur de la femme référence et que l’on retrouve à la fin du livre, quand la boucle de la vie se referme.

 Autre intérêt pour le lecteur, des réflexions humanistes de l’auteur :
      « On n’est jamais responsable de l’hérédité (au sens large), qui nous est imposée » (p.160).
      « On ne doit jamais tout à qui que ce soit » (p.214) 
     « Peu importe l’âge des enfants, la séparation des couples laisse toujours d’étranges séquelles  dans leur vie » (p.248)

    « La vie nous charrie sur son dos sans jamais nous avertir » (p.268).

Un beau roman où la fiction amplifie et embellit le réel, qualité des vrais écrivains. N’est-ce pas le célèbre artiste américain, Jakson Pollock, qui disait « Dans la peinture, je cherche une autre vision du réel »?  Francine Allard fait de même avec sa plume. Une saga que l’on lira avec plaisir. 
 


Francine Allard échangeant avec la conservatrice, Mme BADIA, sur les raisons de l'absence du Tome VIII


5 juin 2013

Les promeneurs

Titre: Les promeneurs
 Auteur: Marc Pirlet
 Editeur: Murmure des soirs (Belgique)
 Genre: Roman

Voici un roman très dépouillé, au style minimaliste que nous offre l’auteur belge francophone, Marc Pirlet.
Un homme seul, rejeté par sa mère et sa sœur, parce qu’il a vécu quelque temps avec une prostituée, a décidé de s’isoler au 14ème étage d’un immeuble d’une cité reculée et mal famée, et de vivre détaché de tout.
Il rencontre, cependant, en se rendant à la bibliothèque, une voisine Nassima, une écorchée existentielle comme lui. Ils se voient, échangent, et elle lui parle de son fils qui semble « mal tourner ».
Un jour, Nassima est assassinée. Il se retrouve à nouveau seul, comme au fond d’un trou. Jusqu’au jour où le fils de la voisine vient frapper à sa porte parce qu’il ne sait plus où passer la nuit, s’étant disputé avec son père.
D’abord il est fraîchement reçu, puis un attachement peu à peu opère et, cet homme seul, qui a choisi l’isolement social, voit le monde autrement. Il achète une moto, une passion commune, et ils découvrent ensemble la campagne, lors de randonnées fréquentes, d’où sans doute le titre. La vie prend une autre coloration.
Mais un jour, un drame survient. Pour lui dérober la moto, on agresse violemment le jeune qui finira handicapé sur un fauteuil.
Dès lors, cet homme n’aura cesse de revenir dans le parc pour apercevoir, de loin, le jeune promené par son père.
Texte magnifique sur fonds d’amertume, de tristesse et de à quoi bon.
Bien que raconté à la 1ère personne, le récit donne l’impression que les faits et gestes de cet homme ne le concernent pas, qu’ils lui sont étrangers. On touche ici « au moi profond » de Bergson où les autres font malgré eux, ce que nous sommes. La célèbre formule d’Arthur Rimbaud, Belge aussi, « Je est un autre » ne serait pas, dans ce roman, inappropriée. Belle littérature.

Marc Pirlet est né en 1961, à Rocourt (Belgique). Il vit à Liège. C’est un juriste, spécialiste en droit de l’environnement. Il semble avoir voyagé dans le monde entier, plusieurs années. Il a déjà publié « le photographe », « Derrière la porte » et son œuvre semble s’orienter vers ceux qui vivent en marge de la société. Un auteur à découvrir.





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