31 décembre 2015

Shégués, enfants du silence

     Titre : Shégués, enfants du silence
     Auteure : Jeannine Valignat
     Editeur : Wallâda éditions (Marignane)
    Genre : Livre-Témoignage

             Voici un livre qui dérange. Ni une biographie, ni une autobiographie, encore moins un roman, mais à coup sûr, une errance stupéfiante sur les chemins de l’humanisme, de la générosité, du dévouement « à la rencontre de l’autre ».
           Après « Djetty la Manouche », Jeannine Valignat brise un silence que nos sociétés ne peuvent occulter. Celui des enfants des rues en Afrique, celui des enfants dits « sorciers » qui fuient,  épouvantés, la violence des adultes, les persécutions et la mort.
          Le récit de Jeannine Valignat n’est pas linéaire. Sa construction s’appuie sur des jours de la semaine, se permet de nombreuses digressions champêtres au bord de l’eau qui apaisent et ressourcent, de passages poétiques. Et en permanence, elle tutoie le lecteur, comme pour mieux le convaincre de la véracité de ses témoignages.
          L’auteure est militante de l’association « Droits des étrangers » à Nantes. Ces bribes de vie qu’elle nous dévoile pourraient être recueillies dans beaucoup de grandes villes françaises ou européennes. D’emblée, sa façon ouverte de présenter ces visages nous les rend sympathiques : la petite Assiatou, de 6 mois, que sa mère a emmenée de Guinée pour lui éviter l’excision, Glany, congolais de 15-17 ans dont on reparlera, Kadima, Lic, Massamba, Nana, une jeune Nigériane de 16 ans, menacée par les prêtres vaudou et droguée pour être prostituée, Okwa, Kwaho, un Nigérian encore, émasculé parce qu’homosexuel, Rusen, la petite mongole, Nina, des Roms du Kosovo dont personne ne veut, la maman Azérie qui a fui les persécutions  en Arménie et tous ceux de Palestine, Tchétchénie, Ukraine, Mongolie, Syrie, Congo, Nigéria à nouveau qui ont fui la guerre civile, les camps en plein désert, les dictatures  impitoyables de Kabila en RDC ou Bachar-el-Assad de Syrie ou la démence religieuse de Boko Haram.
          Jeannine Valignat nous montre, avec précision, comment il faut surmonter les normes de l’administration française, souvent sujettes à caution, comme les contestables tests osseux, combattus par la médecine, car les résultats peuvent se tromper de 2-3 ans et classer un enfant de 15 ans comme adulte, ce qui lui enlèvera la possibilité de bénéficier de la Charte des Droits des Enfants. Elle montre aussi la difficulté de protéger des enfants de la rue, de loger des familles avec enfants, de monter un dossier crédible pour l’OFPRA qui délivre le droit d’asile pour des réfugiés qui n’ont rien emporté.
          Maintenant, parlons du jeune Glany dont le témoignage a mis à jour des pratiques courantes et révoltantes sur les enfants en République Démocratique du Congo, si ce pays peut réellement s’appeler « démocratique ».
            Il y a d’abord, les cas nombreux, d’enfants en détresse fuyant la cruauté des soldats ou des sectes et « récupérés » par de pédophiles qui ensuite en abusent. Et puis avec force, dévoilons l’existence honteuse et abominable des prétendus « enfants sorciers ».
            De quoi s’agit-il ? Des pasteurs évangélistes, dits de l’Eglise du réveil, des Pentecôtistes, font croire aux parents crédules que leur enfant est possédé, qu’il a le mal en lui, qu’il peut tuer leurs parents pendant la nuit, porter malheur à la famille (Chômage, maladie…) et même aux voisins. Ils leur font croire qu’ils ont conçu des enfants « sorciers ».
           Les parents prennent peur, les voisins aussi et ces enfants sont rejetés impitoyablement. Ces pasteurs sensés parler avec Dieu sont crus et proposent aux parents de désenvouter ces malheureux, à condition d’y mettre le prix.
          L’exorcisme est redoutable. Des enfants tout petits que l’on entoure de  cierges et qui meurent brûlés vifs sous les yeux de leurs parents. A d’autres petits innocents, on fait avaler des litres d’huile de palme pour les obliger à regorger le diable qui est en eux, d’autres sont enchainés et battus jusqu’à ce qu’ils avouent la présence du diable en eux. Beaucoup meurent sous les coups. S’ils échappent à la mort, ils finissent à la rue, rejetés et craints de tous parents, voisinage et société. Ils prennent le nom de "shégués", enfants des rues. Les filles se prostituent pour survivre, les garçons volent.  Commence, alors, la chasse aux enfants des rues. Elle est terrible.
         Ces pasteurs, terme bien inapproprié, sont riches. Ils roulent en voiture de luxe, habitent de belles demeures et sont autant respectés que craints. Le bras droit du sinistre président de RDC, monsieur Kabila, est un de ces pasteurs.
          La population a peur, car les shégués, enfants des rues, sont assimilés aux enfants « sorciers », aux pouvoirs surnaturels,  croit-on.  La police et l’armée entrent en action. Ils sont battus, torturés, violés, tués à bout portant, sans procès. Des milliers d’enfants ont été ainsi exterminés en RDC depuis 1990. Un certain colonel Kaniama, baptisé « Esprit de la mort » en a fait sa spécialité…
          Comment s’étonner alors que les jeunes les plus instruits, courageux ou débrouillards,  fuient ces pays et tentent, coûte que coûte, de rejoindre des contrées plus protectrices  qui respectent les Droit de l’Homme.
             L’Unesco, l’Unicef connaissent ces situations mais l’opinion et la plupart des dirigeants ne réagissent pas. Pétrole et minéraux rares en sont-ils la cause ?
            Revenons à Glany. Voulant étudier à tout prix, il sera inscrit dans un lycée technique. Bien plus tard, il obtiendra le droit d’asile et  il apprendra que sa mère, son frère et sa petite sœur, sont en exil dans un autre pays européen.              Opposant politique au président Kabila du Congo (RDC), le père de Glany a été assassiné, ses enfants battus et apeurés, sa mère violée et menacée. Voilà les vraies causes de leur exil.
             Récit de grande qualité, force de caractère de l’auteure et souvent, doute, méditation au contact de la nature, mais toujours, volonté d’aller de l’avant.
          Il est fort possible que le dévouement et le refus  viscéral de toute injustice  de Jeannine Valignat aient pris source, à l’adolescence, face à un père violent et injuste pour les  siens.

        Jeannine Valignat, invitée par le Centre Francophonie de Bourgogne, a participé aux 4èmes Rencontres de la Diversité, au Creusot, les 26/27/28 novembre 2015, où nous avons découvert son œuvre et son engagement.                            ----------------------------------
Jeannine Valignat intervenant lors d'un débat (4èmes Rencontres de la diversité)
Citations
            « Nous ne trouvons jamais assez de temps pour réfléchir, pour que notre pensée s’enrichisse de la pensée des autres, pour que les idées germent, pour les faire circuler » (p. 131)
           « Parler est douleur pour chacun d’entre eux. Ils ont besoin d’oublier. La moindre question écorche une mémoire déjà à vif, fait remonter le chagrin des deuils, la vision terrifiante des exactions subies ou celle tout aussi brutale des violences vécues sous leurs yeux. » (p.134)
           «  Souvent, ils sont tellement troublés qu’ils se trompent sur les dates, les lieux, mélangent les noms, car la souffrance refuse toute image trop crue, trop abrupte. La vérité fait mal. Le flou est rassurant. » (p. 141)
           « Nous le savons, la lutte des femmes africaines contre ces mutilations (excisions) ne peut aboutir tant est violente l’emprise de l’actuel fanatisme religieux, toutes religions confondues. Pour protéger leur enfant, certaines choisissent de fuir vers l’Europe » (p. 154)
            « Je suis sans illusion, ni la France, ni l’Europe ne reconnaîtront leur part de responsabilités dans les véritables causes des tensions religieuses ou politiques qui engendrent ce flux migratoire. Ce serait admettre les méfaits d’un libéralisme sauvage dont nos pays s’accommodent aisément. Ce serait accepter de regarder en face les conséquences de la guerre en Irak et celles du soutien à toutes les dictatures mises en place (ou acceptées) en Afrique ou au Moyen Orient » (p. 161)
             « Quel homme politique aura enfin le courage de défendre l’idée de richesse humaine que représentent ces populations en fuite ? » (p. 161)
             « Il est urgent que chacun prenne conscience de l’appel au secours de L’Afrique, du Moyen Orient, des Balkans. » (p. 163)
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Jeannine Valignat
Jeannine Valignat est née à Sète. Elle découvre le théâtre à 5 ans avec ses grands-parents, en regardant Carmen de Bizet, dans les arênes de Béziers.
               Ecrivain, metteuse en scène, conteuse, elle est aussi militante des Droits Humains et, à ce titre, engagée dans un combat contre toutes les formes de discrimination. « Les mots sont mes seules armes », dit-elle.
              Parmi plus de 30 pièces de théâtre, citons, en vrac: Exil, La Trêve, Arrête-toi là et dors, Saada, Joseph Glidden ou la banalité du mal,  certaines ont marqué le public par la force de l’écriture,  l’originalité d’une mise en scène sobre et efficace, laissant toute sa place au jeu des acteurs.
             Son imaginaire prend appui sur la réalité du monde d’aujourd’hui. Elle se veut témoin de son temps. Dans son écriture de conteuse, l’élan poétique, la fiction sont toujours une invitation à la réflexion politique, au questionnement sur l’état de la société.
« Djetty la manouche » à propos des Gens du Voyage. « Le dernier chant de Mangawonish » à propos de la disparition de la banquise et du sort des indiens Inuits. Son dernier livre « Shégués, enfants du silence » est le vécu d’une militante, témoin  du sort des mineurs étrangers.
Jeannine Valignat contant à l'école la Pépinière, Le Creusot
            Avant « Shégués, enfants du silence », elle avait publié « La braise » pour témoigner de sa passion pour le théâtre qui l’a toujours nourrie. Ne dit-elle pas que « La Braise est quelque chose qui est là, qui ne s’éteint pas, et sur laquelle il suffit de  souffler un peu pour que tout s’enflamme… ».
 Assurément une femme de conviction.

22 décembre 2015

Les 4 èmes Rencontres de la Diversité

Les 4èmes Rencontres de la Diversité
                Organisées par le CENTRE FRANCOPHONIE de BOURGOGNE
Les Rencontres ont commencées par la projection du film Lungone Dromença  en présence des réalisateurs
        Jeudi soir 26 novembre 2015 à 20h30 : au C2 à Torcy                           



Film documentaire suivi d'échanges : Lungone Dromença  (La Longue route)
De Marie-Christine Duchalet et Pierre Gadrey 

En présence des réalisateurs, Marie-Christine Duchatel et Pierre Gadrey et de Brahim Music, musicologue, représentant des Roms au Conseil de L’Europe.

Brahim Music et Claude Thomas, président du CFB
     Elles s’appellent Fljuri, Ramiza, Saire, Sabila et Sanela. Cinq femmes roms dont les récits entrelacés disent une vie singulière et une histoire commune. Elles appartiennent à une nation sans territoire, venue d’Inde et sédentarisée en Europe au XIVe siècle et qui a connu les persécutions, les pogroms puis l’extermination nazie : 500 000 morts.
     Ces femmes vivaient au Kosovo, avaient des maisons, une famille, une paix relative. Mais après la mort de Tito, les nationalismes se réveillèrent et elles se retrouvèrent prises en tenaille entre les Serbes et les Albanais qui chassaient les enfants de leurs écoles, surtout les filles, refusaient d’embaucher des Roms, quand bien même ils avaient un métier, passèrent des menaces à la terreur, jusqu’à la guerre et l’épuration ethnique.
      L’exode commence en 1991 et reprend avec les bombardements de 1999. Elles quittent leurs terres et leurs maisons en abandonnant ce qui leur appartient, connaissent la peur, la fuite, les disparitions de leurs proches, les camps, la misère, la mendicité. « Personne ne veut de nous », dit l’une d’elles, ni les Serbes, ni les autres.

Vendredi 27 novembre 2015 : à L’Escale (promenade du Midi, Le Creusot) :
Le matin, au Lycée Léon Blum au Creusot. Roberto Lorier pour parler de son roman épopée "Pâni ou le peuple sans frontières" (Editions Wallâda)
Dans deux classes primaires, l'école la pépinière au Creusot et l'école Boutavant à Montchanin, Jeannine Valignat pour raconter "Djetty la Manouche" (Editions Wallâda)


Roberto Lorier, écrivain et musicien
Jeannine Valignat, écrivaine et conteuse
















17 h : Inauguration officielle
 en présence d'officiels dont le maire du Creusot , André Billardon, le député de la circonscription, Philippe Baumel et le conseiller départemental, Bernard Durand entre autres.
18 h à 19 h 30

Conférence & débat : Histoire des Roms et du génocide.
Avec Maryse-Alice Gargaud (responsable de la troupe tzigane), Joseph Stimbach
(écrivain et compositeur), Roberto Lorier, compositeur et auteur de Pâni ou le peuple sans frontières. Françoise Mingot, écrivain et éditrice Wallâda et Brahim Music, musicologue, représentant des Roms au Conseil de L’Europe. (Entrée libre)

La salle lors du débat

À 19 h 30 à L’Escale : apéritif convivial gratuit, suivi d'un Buffet aux saveurs du
monde. 
20h30 : à l’Escale : Spectacle (gratuit) : « Tzigane, va où le vent t’emporte » avec Maryse-Alice Gargaud, Joseph Stimbach et la troupe d'enfants manouches de
Montauban.
La troupe des enfants Manouches de Montauban

Samedi 28 novembre 2015
Le matin :
10h30-12h : à la médiathèque du Creusot : Café littéraire : les cultures des Gens du Voyage, avec la participation des auteurs présents.
Joseph Stimbach , Jeannine Valignat, Roberto Lorier , Françoise Mingot et Claude Thomas
         
L’après-midi : 15h30- 17h : à L’Escale : (entrée libre)
Débat : Religions et laïcité : Françoise Mingot, Jeannine Valignat, Brahim Music et les autres
auteurs invités, Jacques Poissonnet, diacre permanent au service des Gens du Voyage, Anne-
Marie Houillon, Présidente de la Ligue de l’Enseignement et Philippe Lenglet, le Délégué Général ;
Mohamed Larbi Haouat (de Sarcelles), vice-président des associations auprès de L’Unesco.
Débat animé par Jean-Luc Delpeuch, président de la communauté de communes du Clunysois.

Mohamed Larbi Haouat, Marie Houillon, J.L. Delpeuch, Roberto Lorier et J. Poissonnet
17h30-19h : à L’Escale : (entrée libre)
Débat : Les Roms dans la République et la place de la femme : Échanges et
témoignages de Marie-Claire Gourinal, membre de la direction nationale de
Femmes Solidaires et de Romeurope-94 (Val de Marne) ; Roberto Lorier,
Jeannine Valignat, Brahim Music, Françoise Mingot, M.A. Gargaud, J.
Stimbach.
Débat animé par Claude Thomas, du CFB.


Roberto Lorier, Joseph Stimbach, Claude Thomas, Maryse
Le soir : 19h15 à L’Escale : Apéritif convivial gratuit suivi d'un buffet aux saveurs du
monde 

20h30 : à l’Escale : (gratuit) Musiques et danses du monde
Avec la troupe manouche et des associations des communautés de la région : danses turques,danses malgaches, la chorale italienne « Bella Italia »,les  musiquesdu Morvan  Momo (manipulations musicales) et mini-récital de Françoise Mingot dite Fanfan.

du Morvan ,  Momo (manipulations musicales) et mini-récital de Françoise Mingot dite Fanfan.
Une photo souvenir à l'issu de ces 2 belles journées

En remerciant chaleureusement tous les financeurs: Conseil Régional de Bourgogne, Les villes de Torcy, Le Creusot et le Breuil, le Conseil Général de Saône et Loire, L'Ascé, Le ministère des Droits des Femmes et à l'égalité.
Fanfan, un récital fort apprécié

Concert du Québec

Le Centre Francophonie de Bourgogne a organisé un concert du Québec avec le groupe de "Dame et d'Homme".
                    Le mercredi 25 novembre 2015. 20h30
                  Super concert avec la venue de nos amis de Bourgogne-Québec. Deux musiciens de talent Valérie Pichon, au violon, et Stéphane Tellier, à la guitare.
                           Concert dans la belle salle du C2 mis à disposition par la mairie de Torcy à côté du Creusot, municipalité de Torcy que nous remercions chaleureusement. Public ravi et enthousiaste.

Valérie et Stéphane en action


 

Valérie


Le public ravi
Stéphane Tellier, guitariste


Valérie Pichon Violoniste
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20 novembre 2015

Laissez pleurer les chiens

Titre : Laissez pleurer les chiens
Auteure : Michèle Barbier
Editeur : Wallâda
Genre : Roman

              Intéressant roman qui nous plonge au cœur de la société allemande au moment de la prise de pouvoir des Nazis, à travers une famille Tzigane dès la naissance du jeune Strambus. Ils vivent en roulotte, gagnent leur vie difficilement grâce au petit cirque familial.
 Le récit
             Une sage femme allemande, de forte mauvaise humeur, car on la dérange pour intervenir chez des Tziganes, arrive au campement. Mais le bébé d’Alma et Bejjo est déjà là. Après ses protestations à la vue du bébé que l’on montre à qui veut le voit, en pleine air, elle repart après moult imprécations.
             Les hommes influencés par la propagande nazie omniprésente choisissent de l’appeler Adolf, espérant en retour, comme le Führer l’a promis, une garde-robe entière. Certes, on le nomme Adolf mais aussi Strambus qui lui restera.
            Sûrs qu’ils sont des vrais Allemands et pas comme les Juifs que l’on opprime, Beppo et Alfred, le beau frère, vont s’inscrire au parti mais on les refuse, leur sang n’étant pas pur….
Régulièrement Beppo s’adonne à la boisson, devient violent. Sa femme le craint, le fils plus âgé le rejette et Alma, sa femme se détache de lui sans l’avouer.
            L’Autriche absorbée, la Pologne occupée en 3 semaines. Le pays doit faire face à la déclaration de guerre des autres pays. Leurs chevaux sont réquisitionnés par l’armée ce qui les prive de leur travail et stoppent tout déplacement.
           Voilà Alfred et Beppo incorporés comme de nombreux Allemands. Alfred comme cuisinier. Prudent, il se fera tout petit en attendant des jours meilleurs. Beppo comme palefrenier, puis garde-chiourme dans un camp de prisonniers Polonais, homme set femmes. Bien que gardien, il aura tout à craindre du directeur, un Nazi convaincu et autoritaire mais aussi des autres gardiens. Tout le monde a peur et veut sauver sa peau.
 Au cours de son service, Beppo remarquera une prisonnière Polonaise, Olga, qui s’avèrera être une Tzigane et artiste de cirque. Une attirance naitra entre eux deux.
          Pendant ce temps, la famille, ce qui en reste : femmes, enfants et personnes âgées font face. Ils cachent leurs roulottes dans la grange d’un paysan. Mais ils doivent se faire discrets à cause du voisinage. Ils survivent comme ils le peuvent : cueillettes, ventes, braconnage et même un spectacle dans une caserne.
            Strambus grandit, aide la communauté selon ses moyens et sa facilité d’adaptation. (Chasse, pêche, braconnage qui lui vaudra des ennuis des paysans). Il a une attirance pour le feu. Il en allumera fréquemment, sans doute fasciné par les flammes, toujours surveillé par sa mère mais laissé libre, sans doute un besoin de s’exorciser d’incendie criminel dont il a été témoin !!!
           La paix revient. Les gens sont ruinés et le pays à genoux. La situation des Tziganes n’a pas changé. La société les classe à part. Les Voyageurs avec les Voyageurs et les Gadgés avec les Gadgés avec en plus une réalité qui éclate, le régime nazi a exterminé des centaines de milliers de Tziganes comme les Juifs.
          Alfred revient et reprend son activité comme avant. Beppo revient aussi, après un passage en Belgique où on l’a soupçonné d’être un nazi. Il est accueilli sans chaleur par sa femme et ses enfants. Il voit bien que son esprit est ailleurs. Quittant la communauté, ce qui est contraire aux usages, il laisse ses parents, ses enfants et sa femme et s’éloigne des siens. Il part à la recherche de celle qui sera désormais son soleil et l’artiste avec la quelle il veut briller.
           La communauté reprendra la route avec des chevaux défaillants vers Munich où les Américains se sont installés.
 Strambus s’entrainera aux numéros de cirque comme l’ont fait les générations précédentes continuant ainsi la tradition des Gens du Voyage.
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Citations
             « L espoir devenait impatient. Une irrésistible exigence le propulsa, sans plus attendre, vers l’est. L’est, le point où le soleil avait choisi de se lever » (p.239)
« Quelqu’un l’attendait, là-bas. Au-delà des distances et par-delà les obstacles, quelqu’un l’appelait comme une sirène, l’attirait comme un aimant… Abandonnant derrière lui ses doutes, ses regrets, ses nostalgies et son passé, il s’élança d’un pas glorieux vers sa propre renaissance » (p.240)

« Cette tragédie n’est pas terminée. Les Gitans continuent à gêner, à déranger, parce qu’ils sont différents »  in la préface de Gilles Costaz (p.8)
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Michèle Barbier, l'auteure
 L’auteure, Michèle Barbier est née en Algérie ; elle rejoint la France en 1962. Après des études en France, puis en Suède (Göteborg), elle enseigne en Suède. Mais la rencontre avec Joséphine Baker va changer sa vie.Chanteuse, comédienne, dramaturge, elle est attirée par le cirque après sa rencontre avec le dresseur de chevaux allemand, Adolf Lauenberger. Elle codirige d’ailleurs avec lui le cirque Aréna. Très active, elle travaille un temps à France 2, crée un festival carolingien et surtout met sur pied le gala de la presse qui fait la part belle au cirque. Elle se consacre désormais à la chanson, au théâtre et à l’écriture.
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Françoise Mingot-Tauran
L’éditrice : Françoise Mingot-Tauran, est agrégée de Lettres et docteure en littérature comparée. La Province l’attire et pourtant, elle doit enseigner à Dunkerque, puis en Bretagne pour enfin revenir dans le sud de la France. Elle sera par la suite coopérante enseignante au Sénégal et au Maroc. A son retour, elle crée à Bordeaux, les Editions Wallâda, à vocation libertaire, dont l’une des collections est consacrée à la parole tzigane. On notera que Françoise Mingot a mis sur pied deux expositions consacrées à ces peuples :
       « Ecrivains et peintres Tziganes en Europe » « Des camps de concentration à la guerre ».
Infatigable, toujours par monts et par vaux, son activité est débordante. Les planches l’attirent. Elle chante sous le pseudonyme de Françoise de Pascalin, des textes impertinents, voire insolents mais non dénués de drôlerie et de tendresse.
 Une grande avocate des cultures des Gens du Voyage.
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A noter que la collection consacrée à la littérature tsigane comporte des ouvrages qui nous ont marqués dont voici des titres et leurs auteurs :
« Il était une fois les Bohémiens » de Lick, un chanteur, compositeur
« Les chemins de l’arc-en-ciel » d’Esmeralda Romanez
« Pâni et le peuple sans frontière » de Poberto Lorier, une saga qui s’enrichira ultérieurement de 4 ou 5 autres livres
« Itsego : contes manouches » de Joseph Stimbach
« Djetty, la Manouche » de Jeannine Valignat
« Savina » et « Le prix de la liberté » de Matéo Maximoff
« « Le Niglo facétieux », une BD caricature de Ricardo
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15 juin 2015

Accueil de l’écrivain Québécois, Christian Bilodeau.


           
Le Centre Francophonie de Bourgogne a reçu Christian Bilodeau, poète et écrivain, le vendredi 5 juin 2015, grâce aux infos des amis de Bourgogne-Québec.
            L’écrivain de la Belle Province, achevait une résidence d’auteur de 3 mois à la Maison Jules-Roy de Vézelay (89 France).
           Après avoir honoré une rencontre avec la jeune chambre économique de Mâcon, le jeudi 4 juin, il a posé ses valises le 5 Au Creusot, à l’invitation du Centre Francophonie. Le lendemain, il était à la bibliothèque de Dracy-Le –Fort qui inaugurait une exposition sur le Québec ; il s’est dirigé ensuite vers Auxerre et la Maison de la francophonie, nos partenaires et amis, avant de reprendre l’avion pour le Québec, le jeudi 11 juin.
            Le vendredi 5 juin, le Centre Francophonie de Bourgogne avait donc organisé une rencontre-débat à la BM de Saint Symphorien de Marmagne, charmante bourgade bourguignonne, non loin du Creusot.
           Cette BM est gérée par le Foyer Rural qui nous a accueillis avec gentillesse et sympathie.
         Au cours de cette rencontre, Christian Bilodeau a répondu aux nombreuses questions sur son roman, décortiqué au préalable par le CFB, mais aussi aux questions des auditeurs qui ont porté sur la situation des Inuits et les dangers de pollution de la Baie d’Hudson vu les nombreuses extractions envisagées.
La bibliothécaire, madame Couraud à droite
           

Le public à Saint Symphorien
















           Christian Bilodeau, genre aventurier, est un personnage sympathique, sensible, qui écoute, observe, enregistre et profite de chaque instant de la vie.
           On sent qu’il comble son besoin d’absolu par les mots, par l’amour de la poésie, par le contact avec la nature et que sa recherche de beauté et d’absolu est un moyen, un moteur pour vivre, voire survivre. Comme il le dit : « Pour écrire, j’ai besoin d’émotions, d’enchantement. Je suis réceptif à la force d’un lieu. » . Et on ajoutera par le contact avec les gens qu’il affectionne et recherche.
         Court séjour qui laissera néanmoins de bons souvenirs.
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A noter que Christian Bilodeau a publié auparavant au Québec deux ouvrages: 
     - Lancer un câbles aux étoiles 
     - Par le carreau de ma fenêtre








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14 juin 2015

Aux pays d’Alexandre

             Titre :  Aux Pays d'Alexandre
                   Auteur:  Christian Bilodeau 
                   Editeur:    Editions de la semaine (Québec)            
                   Genre: Roman

Christian Bilodeau

            Alexandre un quadragénaire Québécois dont les descendants étaient venus de France s’apprête à entreprendre un périple en vélo de Dieppe à Marseille en passant par la côte.
           A Paris, dans une brasserie, il est attiré par une jeune femme, elle aussi Québécoise, Vanessa, photographe. Ils décident de reprendre contact une fois au Québec.
          Dans le train qui l’emmène à Dieppe,  Alexandre fait la connaissance d’un vieillard, Raoul, qui a perdu sa famille sous les Nazis et qui en tire une philosophie de sagesse devant la vie.
          Raoul l’héberge le soir même et restera tout au long de sa vie une conscience de sagesse.
          Alexandre est divorcé de Pascale. Ils ont eu Jonathan. Il vit chez sa mère et en veut à son père de les avoir quittés pour Anne, une violoniste, un peu plus jeune qu’Alexandre. Ils resteront 10 ans ensemble. Puis se sépareront.
          Le 1er jour, le périple s’annonce magnifique et le soir, au campement improvisé, une petite fille qui essaie en vain de faire voler son cerf-volant lui demande s’il est venu d’au-delà de l’océan pour faire voler les cerfs-volants.
          Il doit interrompre brutalement son projet. Son fils Jonathan a été victime d’un grave accident. Il lui faut rentrer au Québec et annuler son voyage.
         Il retrouve son fils à l’hôpital avec sa mère, Pascale. D’abord incertaine, la santé de Jonathan semble s’améliorer. Alexandre recontacte Vanessa et assiste au vernissage de son exposition de photos. Il achète une œuvre, vont manger ensemble et passent la nuit. Une nuit d’amour partagé. Mais en la ramenant chez elle, elle est fauchée par une voiture et décède. Le monde d’Alexandre s’effondre. L’œuvre restera comme une "chanson fétiche".
        Il décide pour donner un sens à sa vie de renouer avec son fils et lui propose un voyage à deux chez les Inuits.
        Guidés par Naomi, Amarok puis Bly, ils séjournent quelques jours au pays du froid à la découverte des habitants et de leurs habitudes de vie. A un endroit prévu, ils déposeront des objets chargés de sens pour eux : une bouteille, un bouchon de champagne.
        Jeunes et du même âge, Naomi et Jonathan tombent amoureux et choisiront de vivre ensemble pour finir leurs études.
         Alexandre a des problèmes de cœur qui s’amplifient. Hospitalisé, il dècèdera non sans avoir réussi à se réconcilier avec son fils et le savoir heureux. Il partira en paix.
         Entre temps, le vieux Raoul est mort et a légué à Alexandre sa maison de Dieppe puisqu’il n’avait plus aucun héritier.
        Jonathan et Naomi pourront s’y rendre et entreprendront le même périple à vélo de Dieppe à Marseille en suivant la côte.
        Belle écriture, de l’émotion. Des chutes bien placées. Un roman agréable.
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Citations
         "Certains départs font des trous au cœur, aussi grands que le plein d’espérances de certaines arrivées." (p.13)
          "Le seul âge véritable est celui de l’accueil à l’autre, de l’esprit, de la jeunesse de cœur, sans les préjugés qui empêchent de voir l’étendue de l’univers. "(p.51)
           "L’existence est fragile comme une feuille à l’arbre, balayée par les forts vents d’automne. "(p.79)
            "La plus grande tâche pour l’homme n’est pas de refaire le monde, mais de refaire et défaire son monde tout au long de ce fabuleux périple qui mène à soi. "(p.91)
            "Je sais maintenant à quel point l’émotion est nécessaire, qu’elle donne à la vie son intensité, comme les couleurs sur le chevalet du peintre. "(p. 100)
            "J’adore quand on me surprend et qu’on m’amène là où je ne m’attends pas à me retrouver."(p. 110)
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            Brève biographie: Christian Bilodeau a travaillé dans la communication et la gestion culturelle. Il a développé un temps le programme jeunesse Katimavik, genre service social pour les jeunes. Il a surtout mis sur pied la fondation Felix-Leclerc, sur l'Ile d'Orléans. Il y a consacré 10 ans de sa vie.
Poète, il a publié le recueil "Lancer un câble aux étoiles" et récemment le roman "Aux pays d'Alexandre" (La semaine) Québec. Il a pour projet de se consacrer désormais à l'écriture.
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Accueil de l’écrivain Malien, Ousmane DIARRA


         Le Centre Francophonie de Bourgogne a accueilli les 26/27 et 28 mai 2015, Ousmane Diarra, écrivain, conteur et, par ailleurs, bibliothécaire au Centre Culturel Français de Bamako (Mali).
Ousmane Diarra
         L’écrivain Africain a répondu à plusieurs interviews de la presse régionale que nous publions intégralement en annexe. Il a rencontré et échangé avec 3 classes de lycéens (100 élèves), du lycée Léon Blum du Creusot. Il a conté des récits de la tradition subsaharienne devant 4 classes maternelles (Langevin-ville de Montchanin) et (Michelet-Montchanin) :100 jeunes enfants et devant 3 classes élémentaires (Curie/Pasteur-Montchanin) :90 élèves.
Un conteur en action



Avec des lycéens



    




  



Romancier et témoin privilégié de son continent, Ousmane Diarra a rencontré aussi et surtout ses lecteurs.
D’abord, le mardi 26 mai à la Maison des Familles, à Torcy, qui s’est terminé par un léger repas pris en commun avec les participants, puis le jeudi 28 mai à la BM de Saint Léger sur Dheune (71 France). Rencontres-débats exceptionnelles tant par les propos de l’auteur que par l’intérêt et la qualité d’écoute des auditeurs, rencontres où Ousmane Diarra a pu s’exprimer librement.
Une des rencontre-débat, ici à la Maison des Familles à Torcy
       Il a expliqué la réalité africaine composée de peuples différents mais que l’histoire a mêlés. Il a abordé le problème d’un fanatisme religieux, le souci pour un Etat et les citoyens d’un islamisme violent et intolérant. Il a bien évidemment démontré les causes de cette inquiétante montée religieuse pas seulement de l’Islam, il y a aussi une poussée des Evangélistes.
      Pour lui, tout commence par le catastrophique ajustement structurel imposé aux pays africains par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. Il a eu pour conséquence de pousser à la retraite des milliers d’enseignants, les plus expérimentés ! Et, par conte coup, de jeter à la rue, du jour au lendemain, des centaines de milliers d’enfants et de cloîtrer à la maison de très nombreuses jeunes filles. Les écoles coraniques ont pullulé avec des crédits souvent venus des Pays du Golfe, pour occuper ce flot d’enfants désoeuvrés avec les dérapages religieux inévitables que l’on connait.
 Bravo le gâchis des apprentis sorciers de la finance mondiale !!!!
      Le Mali est un pays laïc dans sa constitution, même si 90% de la population se dit musulmane. Le peuple Malien est un peuple pacifique qui pratique une religion tolérante et apaisée et cette forme religieuse d’autres berges perturbent l’équilibre social.
      On peut retrouver les idées d’Ousmane Diarra, à travers ses 3 romans, tous au fonds francophone à la BM du Breuil : Vieux Lézard, Pagne de femme et La route des clameurs, (Gallimard).
      Ousmane Diarra a impressionné ses auditeurs par son analyse méthodique et sûre, par son souci de démocratie, par l’amour de son pays et par son optimisme en les composantes de la société malienne.
    Comme il le dit et répète, il n’est pas contre la religion musulmane. Il est seulement opposé à un  islamisme violent. Dans une société équilibrée, toutes les religions ont leur place. Tout individu doit être libre de ses choix sans pression individuelle ou collective.
La démarche d’un sage !
     Au cours du mercredi après midi 27 mai, le Centre Francophonie avait organisé pour Ousmane Diarra une rencontre plus Bourgogne profonde. Un repas de midi chez un couple ami qui a ouvert un « accueil paysan » (il y en a 4 ou 5 au Mali) et le hasard a fait que la fin de soirée s’est achevée chez une ancienne universitaire franco-québécoise, Françoise Têtu, spécialiste avec Michel, son mari, des cultures francophones et grands avocats tous les deux de la francophonie, d’autant qu’ils ont reçu dans leur maison, à Québec, autrefois : Dadié, Senghor, Césaire, Damas, Kourouma, Hampâté Bâ et bien d’autres ! Des grands noms de la francophonie humaniste.
       Riche séjour d’Ousmane Diarra en Bourgogne.








Le Centre Francophonie de Bourgogne remercie Ousmane de sa venue et lui souhaite de belles productions, y compris pour la jeunesse. Et à son pays , le Mali, paix et développement.
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Ousmane DIARRA, écrivain Malien (Bamako) : «Avec les aternoiements de la communauté internationale, le risque de la disparition du Mali est revenu»
Le Jeudi 21 mai 2015 @ 12:09:45 Partager


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L'écrivain sera en Saône-et-Loire et au Creusot, à partir du mardi 26 Mai, pour plusieurs rencontres.



Ousmane Diarra sera l’invité, les 26/27/28 mai, du Centre Francophonie de Bourgogne, présidé par Claude Thomas. Il devrait rencontrer beaucoup de monde, des enfants, des lycéens, des adultes. Il s'est confié dans une interview.

L’écrivain malien Moussa Konaté, une des figures de l’Afrique contemporaine, décédé en 2013, est venu plusieurs fois au Breuil, en Bourgogne. C’était un habitué.
Dans son essai « ‘L’Afrique Noire est-elle maudite ? », il tentait de montrer les maux récurrents du continent. Que reste-t-il des messages de Moussa Konaté ? Pour vous ? Pour le Mali ? Voire l’Afrique ?

Ousmane Diarra : «Je puis dire que « L’Afrique noire est-elle maudite » est, en grande partie, issue de nos longues discussions, Moussa et moi.
C’est un livre qui nous invite, nous Africains,  à nous  interroger sur l’Afrique, sur le fonctionnement des sociétés africaines. Et Contrairement à ce que certains ont dû penser, il est loin d’être livre « afro-pessimiste ». Il pose plutôt les jalons d’un possible renouveau de l’Afrique, un renouveau fondé, non pas sur les sempiternelles lamentations sur notre passé –même si le dit passé reste pour beaucoup dans le retard du continent-, ce qui peut, des sociétés africaines, constituer des entraves au développement, à la modernisation de l’Afrique. 
Pour moi, c’est un livre important, qui invite à la réflexion, au changement de mentalités. Au Mali comme en Afrique»

Dans vos 3 romans : « Le vieux Lézard », « Pagne de femme » et surtout le dernier «  La route des clameurs », l’islamisme et l’intégrisme religieux sont des préoccupations pour vous. Quelles en sont les raisons ?
«Parce que j’ai vu venir cette radicalisation. J’ai vu les discours politique remplacés par les prêches, et j’ai vu ceux-ci devenir de plus en plus violents. Pour moi, tout cela n’est ni plus ni moins qu’une entreprise de colonisation du Mali et de l’Afrique, la plus dangereuse, car elle se fait par la conscience.
L’islamisme intégriste est donc non seulement une menace pour le Mali et l’Afrique, mais aussi pour toute l’humanité. Il suffit  qu’on imagine, aujourd’hui, avec toutes ces armes de destructions massives dispersées aux quatre coins de la planète, ce que peut être une guerre des religions. Merci».

Quelle est la situation au Mali aujourd’hui après le drame que vous avez vécu ?
«Il y a de l’espoir. Nous attendons avec impatience la signature des Accords de paix par les Groupes armés. C’est notre seul espoir. A défaut, nous serons obligés de nous battre, avec tout ce que cela peut avoir comme conséquences, dont la résurgence (en cours) des djhadistes. Le Mali a failli disparaître sous leur assaut meurtrier. Avec les atermoiements actuels de la communauté internationale, ce risque est revenu»
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                   Le journal de Saône et Loire

Torcy (71)   Ousmane Diarra : « Le Mali a foi en son avenir »

Le Centre francophonie de Bourgogne accueille Ousmane Diarra, écrivain malien, conteur et bibliothécaire à l’institut français de Bamako. Une conférence-débat est prévue mardi 26 mai à la Maison des familles de Torcy.

Dans quelles conditions avez-vous écrit votre dernier roman, La Route des clameurs ? Où puisez-vous cette énergie que l’on retrouve dans vos livres ?
En écrivant La Route des clameurs, j’étais en colère, meurtri dans ma chair et dans mon âme, révolté contre ce qui arrivait à mon pays. On voulait me le voler. On voulait me le prendre de force et faire de mon peuple un peuple d’esclaves. À coups de mensonges, d’impostures, de violence, d’humiliation, etc. Mon énergie, je la puise dans l’amour de la vie, l’amour de la liberté, l’amour de mon pays. Pour protéger mes enfants, je me suis retiré du centre-ville, à 25 km. Je ferme mes portes. Mes enfants, s’ils ne sont pas à l’école, sont à la maison avec les livres ou en train d’entretenir les arbres du jardin. J’ai interdit ma maison aux vendeurs de chimères.
La devise du Mali est « Un peuple, un but, une foi ». La foi musulmane est ébranlée face à la montée du djihadisme, du terrorisme. Comment protégez-vous vos enfants ?
La foi dont il est question dans la devise du Mali, c’est plutôt celle en l’avenir du pays, du peuple malien. Il s’agit de la confiance dans notre avenir collectif, un pays prospère. Il n’y est pas question d’une quelconque foi religieuse. La Mali est un pays laïc où chacun a le droit de pratiquer la religion de son choix. C’est ce qui est écrit dans notre constitution et que je défends. Mais il est vrai aussi que ce djihad que nous subissons n’a rien à voir avec l’esprit de l’islam que nous avions connu de par le passé.
Moussa Konaté (écrivain malien, Ndlr) était très important pour vous. Seriez-vous prêt, comme lui, à abandonner votre métier de documentaliste pour vivre de votre plume ? Les éditions Gallimard ont trouvé en vous un grand écrivain, peut-être vous l’ont-il proposé ?
Moussa Konaté ! Je peux dire que je suis son héritier spirituel. À Bamako, à Paris, à Limoges, nous passions des heures et des heures à parler du Mali, de l’Afrique, de l’humanité. Il n’était pas seulement un grand frère, mais un ami, un confident. Il va sans dire que, si l’occasion m’est donnée de vivre de ma plume, je n’hésiterais pas une seconde à le faire, à l’instar de Moussa Konaté.
Moussa Konaté avait l’ambition d’ouvrir des petites bibliothèques dans chaque école. En tant que documentaliste, cette ambition pourrait-elle être la vôtre ?
J’ai justement beaucoup discuté de ces petites bibliothèques avec Moussa Konaté. À défaut de pouvoir en ouvrir dans chaque école du Mali, je travaille déjà au projet de le faire dans les écoles de Nyamana, le grand quartier de la périphérie où je vis désormais.
Conférence-débat mardi 26 mai, à 19 heures, à la Maison des familles de Torcy. (Valérie JULIEN)
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LYCEE LEON BLUM : Ousmane Diarra s’est exprimé franchement sur le Mali
Le Mardi 02 juin 2015 @ 02:56:00 Partager


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Et il a partagé notamment une vision néfaste du radicalisme religieux.

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Ecrivain malien de Bamako, Ousmane Diarra avait été sollicité par le Centre Francophonie de Bourgogne pour venir parler de son dernier roman « La route des clameurs ». Un écrit, avec un contexte en toile de fond, qu’il a partagés lors de deux rencontres mercredi dernier, le matin au lycée Léon Blum devant des élèves de première année de CAP Coiffure et de seconde et terminale Esthétique, et le soir à la Maison des familles de Torcy.

De sa vie d’homme à celle d’intellectuel, Ousmane Diarra a échangé franchement avec ses interlocutrices et interlocuteurs. D’abord sur le père qu’il est, faisant tout pour que ses enfants grandissent sainement, lui qui a été orphelin dès l’âge de deux ans... Ensuite sur la lecture et l’écriture, lui ayant permis de « sortir de l’enfermement » et considérant les écrits comme des moyens de combattre l’intégrisme, le radicalisme religieux. Pour empêcher celui-ci de « travailler sur l’esprit ».
C’est notamment en ce sens qu’il a livré son point de vue sur la situation actuelle au Mali, et sur les dérives qui s’y sont développées depuis les années 1980...
« Revenir aux fondamentaux »
Vous dites que l’écriture est une arme. Est-ce la première raison de l’écriture de votre roman « La route des clameurs » ?
« Oui. Quand les deux tiers du pays sont occupés par des gens qui veulent nous effacer en tant que civilisation, je ne suis pas militaire, mais mon arme est celle de témoigner. »
La disparition de l’école publique est un danger là-bas…
« J’en suis le fruit, de cette école. A partir des années 1980 et les licenciements en masse dans l’enseignement pour satisfaire les ajustements structurels demandés par le FMI, le délabrement de cette école a eu pour conséquence l’invasion de l’espace de l’enseignement par des écoles coraniques, des écoles privées. Le manque de formation des enseignants a permis aux intégristes d’envahir l’espace public avant même de prendre les armes. Le religieux a pris une place plus importante que la politique. »
Comment selon vous la population malienne peut-elle repenser par elle-même ?
« C’est une question de s’assumer, d’oser. Ça passe notamment par les intellectuels, les artistes, les écrivains... De même que les politiques. Aujourd’hui, il n’y a pas assez d’audace, il n’y a pas assez de courage. Alors que nous devons rappeler des fondamentaux à la population malienne.
Ceux qui en font preuve sont ciblés comme des vendus à l’occident, donc la place de l’intellectuel devient difficile et beaucoup d'entre eux n’assument pas. Ils n’osent pas penser publiquement contre l’islamisme radical et l’intégrisme, par crainte pour leurs familles. »
Quel est votre sentiment sur la religion comme façon de penser ?
« Pour moi, ce n’est pas une identité. Elle ne doit pas être une identité. Or la tendance actuelle est préoccupante et elle est un vrai problème pour les populations. Dans ces pays comme le Mali où une majorité de la population est musulmane, les intégristes veulent imposer l’islam comme une identité alors que ça doit rester une croyance.
C’est aussi pourquoi ils s’acharnent contre les pensées traditionnelles qui ouvrent l’esprit des gens sur d’autres cultures et d’autres civilisations. »
Comment protéger les populations et les enfants de cet intégrisme religieux ?
« La meilleure manière est de revenir à l’école publique, républicaine, laïque et obligatoire. Au Mali, je pense qu’il n’est pas trop tard car la majorité de la population reste convaincue par ce système. Mais si ça tarde trop, les intégristes et leur radicalisme auront pris toute la place...
Il faut d’abord un assainissement politique, que les dirigeants du Mali prennent leur courage à deux mains, qu’ils arrêtent les discours démagogiques qui servent juste à instrumentaliser la population. Ils la rassurent pour être élus au lieu de faire face aux vérités. Il est question de conscience politique. »
D’un côté vous dites qu’il n’est pas trop tard pour retrouver de vraies valeurs, mais de l’autre vous vous montrez pessimiste ?
« Oui car il y a une confusion terrible... La démocratie c’est quoi ? La liberté de s’exprimer et la conquête du pouvoir sans violence. Par les arguments. Sauf que les intégristes en profitent aussi et qu’il faut faire attention. Car au final, leur objectif est bien de tordre le cou à la démocratie. »
Alix BERTHIER








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