17 juin 2009

Trois questions à Mira Falardeau, critique et artiste québécoise.

1:Vous êtes québécoise et artiste, qu'espérez-vous de la francophonie ?
La Francophonie est un concept très abstrait pour les gens qui sont reliés à la France à cause de leur passé colonial, ce qui est notre cas au Québec. Contrairement à d’autres pays de langue française, tels la Suisse ou la Belgique, le Québec, même si le français est sa seule langue officielle, ressemble à ces pays d’Afrique qui ont gardé le français comme l’une de leurs langues officielles même s’ils parlent dans une autre langue : la France est souvent associée dans nos têtes à la francophonie. C’est d’elle que nous avons reçu les manuels scolaires qui ont bercé notre enfance, c’est la littérature française que l’on m’a enseignée pendant mes études classiques durant les années 60, et non ma littérature nationale. Il a fallu que je devienne adulte pour enfin réaliser que la littérature québécoise existait et que des auteurs majeurs avaient ressenti et décrit mon pays entre 1940 et 1970, contrairement à ce que certains prétendent. Je fais partie des artistes qui dessinent et publient des essais sans aucun autre espoir que d’être lue dans mon pays, même si de mon côté, je me tiens au fait de la littérature française actuelle et que je lis tout ce qui se publie dans mon domaine en France. C’est un mouvement à sens unique. J’ai eu l’occasion récemment de donner des conférences en France, entre autres durant un colloque international sur l’humour et la seule personne qui s’est adressée à moi à la fin de la conférence était une italienne, en charge d’une revue à Rome, qui me demandait de publier dans sa revue. Les gens rencontrés récemment dans le cadre d’une tournée pour le prix France-Québec sont une élite absolument non représentative de l’intérêt des Français pour les cultures hors France. Je connais plusieurs bédéistes qui ont réalisé l’un de leurs rêves les plus chers en publiant en France, et leurs albums ne sont mêmes sortis des cartons pour aller dans les rayons des libraires français…Et les exemples se succèdent, je ne peux tous les énumérer. Donc, pour résumer, je n’attends rien de la francophonie qui est un concept pour le moins abstrait pour la majorité des gens, et qui est un concept vide pour les gens comme moi, qui n’ont rien à en retirer. J’aimerais qu’il en soit autrement, mais je crois que l’histoire explique en grande partie le dépit et la frustration constante que les anciennes colonies conservent d’une part, et l’attitude hautaine que les anciens colonisateurs conservent d’autre part.

2:Vous avez publié plusieurs études sur la BD québécoise, pouvez-vous nous la définir ou la présenter et nous dire la différence, si différence il y a, avec la BD belge ou française ?
Les BD belges et françaises sont les plus connues et les plus lues du monde (Astérix et Tintin, pour ne nommer qu’eux) et la comparaison sera de toutes façons inégale. Si l’on ajoute à cela le fait que les BD québécoises sont systématiquement rayées des listes d’achat des bibliothèques scolaires depuis 40 ans au profit des BD franco-belges, et qu’elles commencent tout récemment, depuis à peine une dizaine d’années, à être commandées par les bibliothèques municipales, vous comprendrez que là aussi, la comparaison se fait en terme de lutte que nous menons depuis près de 20 ans pour faire reconnaître notre art, au moins dans notre pays. Cela ressemble étrangement à ce qui s’est passé avec la littérature des années 60, n’est-ce pas ? Comme s’il fallait toujours se battre pour juste s’exprimer dans notre pays. Il faut croire que l’attrait d’un marché comme le Québec est intéressant pour les éditeurs français et belges. Donc, lorsque nous aurons un public qui lit nos œuvres et non seulement des auteurs qui publient en cercle fermé, nous pourrons parler des caractéristiques de notre art.
Vous avez dit différence ? Eh bien, lorsque la BD québécoise aura la chance d’exister comme un art à part entière dans son propre pays et c’est ce à quoi nous travaillons, nous pourrons parler de différences. Pour le moment, les auteurs se cherchent, comme dans plusieurs petites nations. Ils se découragent, génération après génération et se tournent vers des métiers plus payants tels l’animation et les jeux vidéo, dans lesquels nous avons une grande expertise. Telle est l’histoire de la BD québécoise.

3: Vous êtes aussi artiste, vous avez réalisé un album " La meunière assassinée", qu'est-ce qui a guidé votre travail ?
Ce qui a guidé mon travail pour élaborer « La Mercière Assassinée » est que je désirais faire sortir la BD québécoise de l’anonymat total et de l’aveuglement des libraires qui préféraient mettre en vente des Lucky Luke et des Schtroumfs plutôt que des inconnus, bizarres tout de même, bref je me suis dit qu’avec le nom d’une grande écrivaine, j’avais plus de chances. Il se trouve que ma famille et donc moi-même, connaissions très bien l’écrivaine Anne Hébert et je lui ai simplement demandé l’autorisation de mettre son texte théâtral en BD, ce qu’elle a accepté avec joie, connaissant mon travail de bédéiste à l’époque. Ensuite, j’ai produit une dizaine de planches de BD que je lui ai fait parvenir. Elle les a approuvées et fut même très emballée de voir son imaginaire en images…
Un an plus tard, j’ai pu aller la rencontrer avec l’ensemble des planches, que je lui ai demandé de parapher l’une après l’autre. Puis, ce fut le travail de finition, qui fut si long que j’étais en train d’encrer la dernière case et de pouffer un immense soupir de soulagement quand j’ai entendu aux nouvelles qu’Anne Hébert venait de mourir. Quelle étrange coïncidence ! Elle n’aura jamais vu l’album terminé mais je suis sûre qu’elle l’aurait apprécié. Voici mon histoire comme je la ressens. Je vous prie de la publier intégralement.

MIRA FALARDEAU - Notice biographique
Spécialiste de l’image comique (caricature, bande dessinée, dessin animé, multimédia, image web), Mira Falardeau est à la fois historienne de l’art et dessinatrice d’humour. Elle a publié de 1976 à 2003 dans divers journaux et magazines des BD et des dessins d’humour. Elle a proposé une grille d’analyse de l’humour visuel dans sa thèse de maîtrise en histoire de l’art (L’humour visuel : pour une analyse des images comiques, Université Laval, 1978) et a mis cette méthodologie en pratique dans sa thèse de doctorat La bande dessinée faite par les femmes en France et au Québec (Sciences de l’Art, Sorbonne, 1981). Elle a enseigné dans divers cégeps et universités.
En tant que conservatrice, elle a monté entre autres en 1997 Les Aventures de la bande dessinée québécoise, exposition rétrospective au Musée National des Beaux-Arts du Québec et Les débuts de la bande dessinée québécoise de 1904 à 1908 à la Bibliothèque Nationale du Québec à Montréal, au printemps 2004, (Rimouski, nov. 2004, Val d’Or, juillet 2005). Elle a rédigé les textes de Les parlementaires à travers le miroir de la caricature (Bibliothèque de l’Assemblée Nationale, 2005). Enfin, elle signe Les histoires en images : ancêtres de la BD, une exposition sur les histoires en images dans la presse satirique du 19e siècle et des débuts du 20e siècle au Québec pour la Bibliothèque Nationale et Archives du Québec qui s’est tenue à la Grande Bibliothèque de Montréal de janvier à juin 2008 (Québec, 2009).
Elle a publié La bande dessinée au Québec (Boréal, 1994) et Histoire du cinéma d’animation au Québec (Typo/VLB, 2006). Elle publie en 2008 Histoire de la bande dessinée au Québec chez VLB. Chez le même éditeur, elle vient de terminer une Histoire de la caricature au Québec en collaboration avec Robert Aird, à paraître en 2009. Elle mène actuellement actuellement une recherche sur Femmes et humour, Les femmes créatrices dans l’humour médiatique : caricature, BD, cartoons, jeux vidéo, TV, web.

15 mai 2009

RENCONTRE avec MOHAMED NEDALI, ECRIVAIN MAROCAIN, à Tahannaoute (sud du Maroc).

Mohamed Nédali est né à Tahannaoute, dans le Haouz, au sud de Marrakech, d’un père paysan. Mohamed vit toujours dans ce village et y enseigne le français au lycée.
Mohamed a eu une enfance difficile due à la pauvreté de ses parents et une scolarité primaire désastreuse à cause de la dureté coutumière des instituteurs.
Dès le collège, plus en sécurité et mieux respecté, il réussit mieux. Au lycée de Marrakech, pour payer sa pension, il sera garçon boucher. Lever tôt, travail harassant, mais le jeune lycéen volontaire fait face, et le bac en poche, rentre au Centre de Formation des professeurs de collège. Il en sortira major de sa promotion. Après la licence de Lettres à l'Université de Nancy, il sera nommé professeur de lycée.
Mohamed a bien des cordes à son arc. Il est musicien comme ses frères mais surtout il a la passion de l’écriture. Chaque jour ou presque, très tôt, il se met à sa table de travail et construit pas à pas une œuvre remarquée.
« Morceaux de choix » (éd Le Fennec/ L’Aube), son premier roman, parle de la vie d’un garçon boucher dans la médina de Marrakech. La cité impériale nous livre sa vie sociale avec ses interdits, la débrouille, la pauvreté, la richesse et les amours non dits de ce garçon boucher. Ce premier roman a obtenu le Prix Grand Atlas 2005, présidé par J.M.G. Leclézio et le Prix des lycéens. Traduit en espagnol, il a remporté à l'unanimité le Prix La Mar de Letras.
«Grâce à Jean de La Fontaine! » (éd Le Fennec/L’Aube), le 2ème roman est un festival d’humour. Ce jeune prof nommé dans le grand sud marocain découvre une société codifiée où se côtoient couardise, arrogance, corruption et hypocrisie. Heureusement le beau sexe embellira cette vie aux confins du désert.
« Le bonheur des moineaux » (éd Le Fennec/l’Aube) le 3ème roman met en scène un guide marocain du Haouz. Le ciel lui tombe sur la tête quand un beau jour, la jeune fille américaine qu’il avait accompagnée naguère dans la montagne pendant quelques années, revient en visite officielle au Maroc et demande à le revoir. Mais c’est maintenant la 1ère Dame des USA, Mme Clinton, en personne. Effervescence des services de sécurité, suspicion, ballets d’hélicoptères, interrogatoires. On ne plaisante pas sous le régime d’Hassan II. Et si c’était un amant de la first lady, ou même un espion à la solde des USA ?
Mohamed a terminé un 4ème roman et débute déjà le 5ème.
Tous ses romans partent de son expérience ou de faits réels ; l’humour est partout, sans doute « pioché » lors des promenades dans les collines environnantes de Tahannaoute : sentiers de chèvres, amandiers, fleurs sauvages, oueds, coteaux arides, fraîches vallées, calme. Conditions propices à la réflexion, à la méditation, à la création, création que l’on souhaite continue chez ce romancier de talent.
Nous l’avons rencontré sur ses terres, entouré d’Hanane, son épouse, également professeur de français au même lycée.
Mohamed Nédali, traduit dans plusieurs langues, est un auteur que le Centre Francophonie de Bourgogne conseille aux amoureux du Maroc et aux amateurs de la belle littérature francophone. (Avril 2009)


Trois questions à Mohamed Nedali

1- Comment vois-tu la francophonie?
Un moyen d'accéder à l'universel, de s'épanouir par le biais du savoir et de la littérature, de faire siennes les grandes valeurs de l'humanité: la liberté, la tolérance, la solidarité... Avec les seules langue et culture arabes cela est difficilement accessible; pire, on est souvent perméable aux thèses contraires, à savoir l'enfermement sur soi, le rejet de l'autre, voire l'intégrisme.

2- Tes livres parlent toujours de faits réels: est-ce un hasard ou une nécessité d'écriture?
L'approche qu'un écrivain adopte dans son écriture reflète souvent le regard qu'il porte sur les êtres et les choses, c'est donc moins un choix qu'un état d'esprit. Et puis, pourquoi, puiser sa matière à écrire dans les nuages tant que la réalité de tous les jours demeure encore à bien des égards inexplorée?
Cela dit, je crois qu'un écrivain n'est pas seulement là pour distraire et procurer du plaisir; il se doit aussi de dévoiler, de pointer du doigt, de dénoncer... L'écriture engagée a encore de beaux jours devant elle, et plus particulièrement dans nos pays.

3- On s'est promené ensemble sur les collines de Tahennaoute, ton village natal, quel impact a ce lieu sur ton écriture: une source d'inspiration, un espace indispensable à l'écriture...?
En littérature, on ne parle bien que de choses que l'on connaît autant. Je suis né au pied de ces collines, j'y ai grandi, je connais les gens et les gens me connaissent. Le jour où je me suis mis à écrire, ce sont cette terre et ces gens qui se sont immédiatement imposés à mon esprit, et j'ai donc parlé d'eux, le plus naturellement du monde. A cela s'ajoute le fait que les paysans de ce village, tous des Berbères, ont une fibre poétique spontanée, une passion innée pour la langue imagée et la figure de style, ce qui m'a toujours émerveillé.

18 février 2009

Quatre questions à Mohamed MELLAL, poète, chanteur, peintre et caricaturiste.




MALLAL site officiel

1) En tant qu'artiste marocain, qu'attends-tu de la francophonie ?
En tant qu’artiste marocain, j’estime que la francophonie est notre fenêtre sur le monde moderne. L’utilisation de la langue arabe nous a laissés en arrière, car l’introduction de cette langue en Nord-Afrique et dans d’autres régions n’a pas été un choix des habitants. L’idéologie a joué un rôle prépondérant dans l’élimination des langues maternelles, des coutumes et des traditions.
La pensée scientifique n’a jamais été traduite en arabe, donc l’accès à la technologie et à la science, ne peut se faire qu’à travers d’autres langues. La plus proche selon moi est le français. Notre langue amazighe se complète très bien avec le français, l’arabisation de l’enseignement a classé notre pays parmi les derniers sur le plan mondial.
Je souhaite que le parti Alistiqlal qui gouverne actuellement, oublie sa dernier proposition d’arabiser le quotidien des marocains (quelle stupidité !).
Seule la langue Française peut nous délivrer de cette idéologie islamique
Et nous mettre sur la voie du développement au niveau économique, philosophique et scientifique.
L’arabisation nous tire vers le bas.


2) Tu es poète et peintre, peux-tu nous dévoiler ce qui guide tes textes, tes peintures ?

J’ai baigné dans la poésie et la peinture depuis mon enfance. Pourtant notre petit village « Tamlalte » (la gazelle) est resté, dès les années 60 jusqu’en 1976, isolé de toutes relations avec l’extérieur; en effet, la route passait loin de notre village, au sud-est du Haut Atlas. Les habitants vivaient des maigres récoltes de leurs jardins (champs). Je n’ai jamais vu personne peindre, jouer de la guitare ou écrire des poèmes, pourtant j’ai commencé à dessiner et à colorer mes dessins avec des plantes sur divers supports avant d’aller à l‘école. Lorsque j’ai eu 8 ans, mon père, qui travaillait dans une mine à Ouarzazate, m’a apporté une petite guitare. Cela a été mon premier jouet.
La beauté du paysage de notre village, l’absence du bruit des véhicules (les enfants de ma génération n’ont jamais vu une voiture ou un camion avant l’âge de 14 ans), ainsi que le temps passé à jouer au bord du fleuve, « le Grand Dadès » qui passait devant la maison, ont marqué toute ma création artistique et le fait encore. Ensuite avec les cours d’histoire à la Faculté, j’ai pris conscience des dangers que courrait notre langue et notre culture Amazighe (berbère).
Il y a d’autres choses qui peuvent aussi guider ma création artistique que je n’ai pas encore découvertes ou que je ne suis pas encore en mesure de découvrir .
Ma poésie et ma peinture sont une lumière dont je me sers dans l‘obscurité pour rechercher quelque chose que j’aurais perdu ; peut-être un souvenir, une odeur ou peut-être même rien du tout.


3) Tu es aussi musicien, dans quel genre de musique t'exprimes-tu ?
Je me suis retrouvé par hasard, la guitare à la main devant le public.
Au début, j’écrivais des poèmes, composait la musique et je jouais à la guitare à ma façon. Je profitais des nuits d’été au village pour enregistrer mes chansons avec un magnétoscope à piles prés de la rivière, ou en hiver dans une grotte avec quelques copains. J’ai procédé ainsi pendant plus de 18 ans. Je conserve aujourd’hui encore une douzaines de cassettes contenant plus de 130 chansons. (Jacques Brel, Ait Menguellette et Idlir étaient mes idôles à cette époque)
Lorsque la question amazighe a commencé à se poser, mes enregistrements ont été repandus dans les universités du Maroc. Ce n’est que plusieurs années plus tard que l’on à découvert que j’en étais l’auteur, et c’est à ce moment- là que j’ai commencé à me produire lors de soirées; loin de ma rivière et de ma grotte.
Mon style a paru curieux aux habitants de la région car ils avaient l’habitude du luth traditionnel et du violon sur des rythmes propres au Moyen-Atlas, et à la région de Souss.
Le Sud-est n’a pas de tradition musicale, hormis ahidous, ahwach et les chants des femmes durant les travaux des champs et à l'occasion de mariages ou de fêtes, mais mes paroles les amènent à écouter la musique que je fais.
Selon moi, le temps était venu de créer un style représentatif de la région, que la musique reflète, la tradition des chants de femmes et d’ahidous. Mais il fallait que ce soit aussi un style musical universel. Je savais que les gens auraient du mal à accepter facilement ce nouveau style, mais je savais aussi que tout changement est dans l‘histoire de l‘humanité souvent refusé au début. Je pense à la future génération. J’ai monté un studio pour aider les jeunes afin de développer cette musique locale très peu connue, plus de 10 jeunes ont déjà enregistré. Mon influence est là, espérant qu’elle est de qualité.
Je peux dire que ma musique est universelle, je m’abreuve de toutes les cultures, mais le chant est toujours chargé d’une touche, d’une odeur du sud-est marocain. Pour ne pas nous perdre dans la richesse et la diversité des styles de musique, nous avons choisi le nom de « AMUN Style »(le style d’unification), pour parer de cette musique que beaucoup de jeunes pratiquent dans les régions du sud-est.
Cependant malgré 18 ans d’expérience dans la chanson, je me sens plus poète que chanteur.

4) Vous êtes une famille d'artistes, peut-on en savoir davantage ?
Oui, une famille d’artistes dans un petit village niché dans une gorge, où est né un art naturel, loin de toute notion académique, au début du moins. C’est grâce à mon père qui nous a encouragés à dessiner au moment où d’autres parents refusaient de voir leurs enfants le faire. Il nous apportait des bandes dessinées (surtout sur le western américain) dont le dessin me fascine beaucoup. J’imite d’abord puis je dessine de mémoire. Ma mère aussi était un bon modèle que j’ai dessiné surtout derrière le feu quand elle nous faisait de la soupe ou du pain avant d’aller à l’école. Pendant les études primaires au village, j’ai dessiné tout ce qui m’attirait, les fleurs qui poussaient dans l‘herbe, les visages des belles filles, maman, les photos accrochées dans la classe, les personnages des bandes dessinées et surtout les vieux du village.
Après le cycle primaire à Tamlalte, au collège, nous sommes six, et aucune fille. Le chemin pour aller au collège est très difficile. Il faut passer par les montagnes, où les accès sont dangereux pour arriver à Boumalne où se trouve le collège. Nous avions deux heures de marche. Parfois, venaient s’ajouter à cela, la neige, l’obscurité de l’aube, et la peur des chacals et des loups. Les jeunes ont tous quitté l’école, sauf moi et un copain, à cause de ce long chemin. Ce qui m’a retenu à l’école, c’était la feuille et le crayon, car alors je n’aurais plus eu le loisir de dessiner. A part cela, je ne voyais aucun autre intérêt à l’école. Je crois que les conditions que j’ai vécu pour aller à l’école dépassent toute imagination, mais ma personnalité s’en est nourrie et le fruit de ma personnalité est le dessin et la poésie.
Après, ce sont mes frères qui sont devenus mes élèves, tant au quotidien que dans leurs études. En effet, leur génération n’a pas connu le long chemin vers l’école à pied. La route vient de passer dans notre village, les moyens de transport faciliteront les choses. Ce qui est particulier dans notre famille, c’est que chacun à son style propre, différent de celui des autres :

Fatima : elle travaille de façon poétique sur des toiles des formes de montages rouges, en mouvement sur la toile, avec des enfants bougeant dans toutes les directions. Parfois, c’est le quotidien des femmes, leurs travaux dans les champs qu’elle peint. J’essaie toujours de me mettre en retrait pour ne pas l’influencer mais je lui fournis tout le matériel nécessaire pour travailler. Son travail est parfois surréaliste et parfois brut. Ces expositions en Europe, en Amérique et au Maroc lui ont donné le courage de continuer ses recherches pour trouver des matières, des couleurs, ainsi que des formes nouvelles.

Saïd : il vit en Autriche. Il est passionné par la musique moderne et l’aquarelle.

Lahcen : depuis son arrivé en Hollande et son contact avec l‘art moderne, il a une tendance qui va vers un art philosophique malgré ses toiles encore limitées. Il est, d’autre part, un bon guitariste.

Driss : sa formation artistique à Marrakech ainsi que son diplôme de cuisine marocaine a créé en lui un style fait de mélange d’épices et de brou de noix du village, un de signes berbères et juifs. Il a choisi de travailler sur le bois. Il est aussi guitariste et technicien du studio.

Abdellatif (mon neveu) : très bon guitariste est fasciné par les bijoux touareg, ces cercles décorés abstraits révèlent une beauté d’aquarelle très attirante. Il est designer dans la pub.

Saida ma sœur et Aicha ma nièce chantent. Leur premier album est sorti l’année dernière sous le nom du groupe TIFA; l’album est intitulé FAD (la soif). C’est la première fois dans le sud-est marocain que deux filles produisent un album. Elles ont bouleversé les mœurs de la région. Elles ont chanté mes paroles et mes compositions ainsi que celles de Driss qui est aussi le guitariste du groupe.

Moi j’écris des poèmes, je peins (peintures dessins aquarelles, photos et caricatures). Je compose des musiques, je chante, j’écris des scénarios, j’enseigne l’art dans un collège. Pour moi, tout ça n’est qu’un délicieux jeu.


Poèmes

(Isfra)
Le mont me parla.
Mon cœur s’épanouit.
Les poèmes s’écoulèrent.
Je choisissais les fleurs.
Mes propos sont galants ;
M’élevant dans les cieux.
Les oiseaux me parlèrent ;
Avec des chants sereins.
Les eaux m’emportèrent ;
Tel quelque feuille d’automne.
Je te tendis oh !main ;
Et choisis des paroles ;
Puis le chemin héla ;
Revendiquant le pas.
Je saisis mes chaussures ;
Et m’adonnai aux vers.



Isaweli udrar
irzmi wul i new
Ffind isfra
Ar settigh iydjigen
Yitfiti wawal
Yaweyi s igenwan
Sawelni igdad
S wurar izddigen
Awini waman
Zund ka u fraw
Azneghk a yafus
Setighd iwaliwen
Sd ighwra ubrid
Itterk a yadar
Asigh idukan
Amergh i yzlan


Mallal 07

14 février 2009

Quatre éditeurs jeunesse francophones

Ce mois-ci, le Centre Francophonie de Bourgogne veut mettre l’accent sur des éditeurs jeunesse de pays émergents qu’il connaît bien. Ce sont principalement des femmes courageuses, passionnées qui croient à la valeur du livre, qui inlassablement éditent des auteurs de qualité, qui, jour après jour, rencontrent des jeunes ou fréquentent de nombreux salons. Voilà des militants du livre (il y a aussi un homme), persuadés qu’un peuple évoluera durablement en s’appropriant par le livre leur propre culture.
De fait, les ouvrages mettent en scène, des lieux, coutumes, personnages, familiers de l’univers des jeunes lecteurs. C’est un plus pour la formation individuelle et collectives des futurs adultes et un progrès pour l’humanité.
Puissent les visiteurs de notre blog découvrir ces éditeurs méritants et au besoin leur acheter des ouvrages !
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VIZAVI éditions. Port Louis. Ile Maurice

Pascale SIEW, la directrice, poursuit la belle aventure de cette BD jeunesse. Tikoulou, le héros, promène ses lecteurs en plusieurs lieux de l’Océan Indien. Belles couleurs, environnement réel et récit accessible aux enfants. Un régal, une fraîcheur qui incite à lire.

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Editions RUISSEAUX d’AFRIQUE. Cotonou. Bénin

Béatrice Gbado, la directrice, présente un catalogue impressionnant. Il y en a pour les tout petits, les enfants, les ados. On trouve aussi des documentaires et des romans. Sans cesse la société africaine est fouillée, interrogée, expliquée, interpellée. Béatrice croit que « tout enfant a le droit d’être nourri à la sève de sa culture». On respire l’Afrique, on vit en Afrique, on est vraiment au cœur du continent.
Béatrice Gbado récolte également des fonds pour offrir des livres jeunesse aux villages démunis de l’arrière pays. Une grande militante du livre.

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YOMAD Editions. Rabat. Maroc

Nadia Essalmi est une éditrice courageuse. Titulaire d’un DEA en littérature française, elle sait où elle va. Inlassablement, elle porte à bout de bras une maison d’édition qui compte au Maroc. Spécialisé en littérature jeunesse, son catalogue s’agrandit d’année en année. Les textes et les illustrations sont de qualité, en arabe, en français ou bilingues. Dans un pays, magnifique au demeurant, où il y a peu de bibliothèques publiques, où le livre est cher, où il n’y a pas de politique du livre, le travail de Nadia mérite le respect.
Cette ancienne championne de gymnastique du Maroc, cette ancienne enseignante sait que l’effort paie et qu’une nation progresse quand sa jeunesse s’approprie sa propre culture.

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Les Editions LE FIGUIER (Hivernage en France)
Le directeur, l’écrivain, Moussa Konaté, a créé, en 1997, cette maison d’édition à Bamako, au Mali. Il a été le 1er éditeur a publié des livres bilingues (français et les pales langues maliennes). Outre des livres de récits, Moussa publie aussi des ouvrages sur les villes mythiques du Mali (Tombouctou, Djénné, etc..) et sur les métiers traditionnels de la société rurale malienne. Livres de qualité.
Moussa est également le co-fondateur du salon du livre de Bamako «Etonnant Voyageurs ».

16 décembre 2008

Les carnets de Douglas


Titre : Les carnets de Douglas
Auteure : Christine EDDIE
Genre : roman
Editeur : Alto (Québec)

Beau roman d'une jeune auteure québécoise, prix France-Québec 2008.
Voici une histoitre d'êtres que la vie a maltraités: un fils de famille aisée mal-aimé (Romain puis Douglas), une jeune fille malmenée par un père violent (Eléna), une institutrice rescapée des camps nazis( Gabrielle), un médecin en mal d'affection.
Le récit tourne autour de trois valeurs: Rose, la fille de Douglas et d' Eléna, la musique avec la clarinette, et la nature( les arbres surtout). Le mélèze deviendra signe de vie et sera comme la réincarnation d'Elèna, une fois morte. Rose deviendra une musicienne confirmée pour ressembler à ce père errant qu'elle espère toujours.
Style qui coule bien et récit qui s'enchaîne à merveille. La fin est intéressante. Le destin de chaque personnage nous est dévoilé comme la chute d'un conte merveilleux.

Citations : " Je reviens, attends-moi"
" Regarde papa, notre mélèze. Je l'ai toujours avec moi".

Christine EDDIE est née en France, a grandi en Acadie avant de se fixer au Québec. Elle a publié des nouvelles, un livre pour la jeunesse et les carnets de Douglas est son 1er roman.

29 septembre 2008

Message aux internautes de WICHITA (USA)

Leïla ou la femme de l'aube

Titre : Leïla ou la femme de l'aube ( 2008)
Auteure : Sonia CHAMKHI ( Tunisie)
Editeur : Ekyzad (Tunis)
Genre : roman



"Vivre ou ne pas vivre" pourrait être le leitmotiv du livre de sonia Chamkhi. Dans un style alerte aux phrases souvent dépouillées et aux chapitres courts, l'auteure dévoile un mal être sous-jacent. Leïla signifie "nuit" en arabe...
Peut-on être heureuse, aimer sans ambiguité, dans une société arabe contemporaine, quand on est noire dans une société blanche ? pauvre ? et femme épanouie, quand trop d'interdits s'abattent sur la femme et qui plus est dans sa propre famille ? Voilà le thème de ce livre souvent poétique.
L'auteure a choisi d' insérer des lettres (14) dans le récit, lettres destinées à un être cher émigré en Belgique et qu'il ne lira jamais. L'intimité se fait proche avec l'emploi du je et plus distante avec le il. Ces alternances de points de vue déroutent le lecteur mais donnent une force au récit.
Il y a dans ce livre de l'intime de l'absurde à la Camus, du désespoir (le bonheur est servile p.157). Faut-il y voir une auto mutilation affective en réaction à une société où les libertés individuelles sont remises en cause au quotidien ?
Toutefois ce roman contient des éclairs d'espoir: "Réapprendre à aimer, je veux que l'espoir se dresse jusqu'au fond de l'abîme(p.186), je partirai loin sans me retourner(p.154)". Un roman de belle littérature.

Citation:"Faut-il vraiment que je te raconte ce qu'il m'a fallu de courage pour que l'on m'accorde à moi femme, noire et pauvre, le privilège d'enseigner et de communiquer le beau ?"

Sonia Chamkhi (weblog) est scénariste, dialoguiste, réalisatrice, chercheur, universitaire et écrivain. Elle enseigne à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts et à l'Ecole des Arts et du Cinéma de Tunis où elle vit.

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